Plomb dans un logement d’avant 1949 : lire le CREP et anticiper les travaux
Les peintures au plomb ont été largement utilisées dans les logements anciens jusqu’au milieu du vingtième siècle. Dégradées, elles exposent les occupants, en particulier les jeunes enfants, à un risque d’intoxication. Le constat de risque d’exposition au plomb, ou CREP, est obligatoire à la vente des logements construits avant 1949. Voici comment le lire et ce qu’il implique.
Pour tout logement construit avant le 1er janvier 1949, le vendeur doit fournir un constat de risque d’exposition au plomb. Ce document mesure la concentration en plomb des revêtements et classe chaque unité de diagnostic selon son état de conservation. Il ne porte pas sur les canalisations d’eau. En présence de revêtements dégradés contenant du plomb, des travaux sont à prévoir avec des précautions spécifiques. L’acheteur doit lire le classement, repérer les situations à risque et intégrer le plomb à ses projets de rénovation.
Article rédigé par Laurent Hojan, fondateur de Check my House. Un conseiller vous répond au 0 805 69 09 69 (appel gratuit), du lundi au vendredi de 9h à 19h.
Pourquoi le plomb est un enjeu dans les logements anciens
Le plomb a été utilisé dans les peintures, notamment la céruse, jusqu’à son interdiction progressive au vingtième siècle. Les logements construits avant 1949 en contiennent fréquemment.
Tant que les peintures au plomb sont recouvertes et en bon état, le risque est limité. Il apparaît lorsque les revêtements se dégradent : écailles, poussières, frottements des menuiseries. Les jeunes enfants, qui portent les mains et les objets à la bouche, et les femmes enceintes sont les plus exposés. L’intoxication par le plomb, appelée saturnisme, peut avoir des effets graves sur la santé.
Les travaux sont aussi une source d’exposition : poncer, gratter ou décaper des peintures au plomb libère des poussières toxiques.
Pour l’acheteur d’un logement ancien, le plomb est donc moins un motif de renoncer qu’un paramètre à intégrer dans le projet de travaux et dans l’organisation de l’emménagement.
Le CREP obligatoire à la vente
Le constat de risque d’exposition au plomb doit être annexé à la promesse ou à l’acte de vente de tout logement construit avant le 1er janvier 1949.
Il fait partie du dossier de diagnostic technique. Il est réalisé par un diagnostiqueur certifié, généralement à l’aide d’un appareil à fluorescence X qui mesure la concentration en plomb des revêtements sans les détruire. En copropriété, il porte sur les parties privatives ; un CREP des parties communes est également exigé dans les immeubles concernés.
Le CREP est aussi obligatoire pour la location. Sa durée de validité dépend de son résultat.
Le diagnostiqueur peut aussi réaliser des prélèvements pour analyse en laboratoire lorsque la mesure directe n’est pas possible ou pas concluante.

Durée de validité du CREP
La validité dépend de la présence ou non de plomb au-dessus du seuil réglementaire.
- absence de plomb ou concentrations inférieures au seuil de 1 mg/cm² : validité illimitée ;
- présence de plomb au-dessus du seuil : validité d’un an pour une vente ;
- pour une location, la validité est de six ans en cas de présence de plomb au-dessus du seuil.
Vérifiez la date du CREP remis : un constat positif de plus d’un an doit être refait pour la vente.
Un CREP récent et négatif est un atout durable pour le logement.
Lire le classement des unités de diagnostic
Le CREP découpe le logement en unités de diagnostic, chaque élément revêtu de chaque pièce, et attribue à chacune une classe.
Classe 0
Concentration inférieure au seuil : pas de plomb au sens réglementaire.
Classe 1
Plomb au-dessus du seuil, revêtement non dégradé ou non visible.
Classe 2
Plomb au-dessus du seuil, revêtement en état d’usage, avec usure par friction, traces de chocs ou microfissures.
Classe 3
Plomb au-dessus du seuil, revêtement dégradé : écailles, cloques, craquelures, pulvérulence.
La présence d’unités en classe 3 est le point principal à surveiller : elle signale une exposition possible. Le rapport doit alors comporter des recommandations, et les éléments les plus dégradés appellent des travaux.
Lisez aussi l’emplacement précis de chaque unité dans le tableau détaillé.

Les facteurs de dégradation du bâti
Le diagnostiqueur relève aussi des facteurs de dégradation qui peuvent aggraver le risque.
Le CREP signale notamment des situations comme des plafonds menaçant de s’effondrer, des traces importantes de coulures ou de moisissures, ou des revêtements très dégradés sur une grande surface. Lorsque certains de ces facteurs sont constatés, une copie du constat est transmise à l’agence régionale de santé, qui peut engager des mesures.
Ces facteurs révèlent souvent d’autres problèmes du logement : humidité, infiltrations, défauts de structure, qu’une expertise bâtiment permet d’analyser.
Lire un CREP en dix minutes
Une méthode simple permet d’extraire l’essentiel d’un rapport souvent long.
- vérifier la date et la conclusion générale en première page ;
- repérer le nombre d’unités en classe 1, 2 et 3 ;
- lister les pièces et éléments concernés par les classes 2 et 3 ;
- lire la section sur les facteurs de dégradation du bâti ;
- noter les locaux non visités et les éléments non mesurés ;
- lire les recommandations du diagnostiqueur.
Un rapport avec de nombreuses unités en classe 1 et aucune en classe 3 signale un plomb présent mais recouvert : le risque est maîtrisé tant que les revêtements restent en bon état. Un rapport avec des unités en classe 3 dans les pièces de vie appelle des travaux avant l’emménagement.

Où trouve-t-on le plus souvent du plomb ?
Certains éléments concentrent la majorité des peintures au plomb dans les logements anciens.
Les menuiseries anciennes, portes, fenêtres, volets intérieurs, les boiseries, plinthes et lambris, les garde-corps et rampes d’escalier, ainsi que certaines parois peintes sous des couches plus récentes, sont les supports les plus fréquemment concernés. Les murs tapissés ou repeints plusieurs fois peuvent masquer une couche ancienne au plomb.
Les parties communes des immeubles anciens, cages d’escalier et halls, présentent souvent des peintures au plomb sous les couches récentes, en particulier sur les soubassements et les rampes.
Les canalisations en plomb, hors du champ du CREP
Le CREP porte sur les revêtements. Il ne concerne pas les canalisations d’eau, qui peuvent aussi contenir du plomb.
Dans les immeubles anciens, des canalisations en plomb peuvent subsister dans les parties privatives ou communes. L’eau qui y stagne peut se charger en plomb. Leur remplacement est recommandé. Lors de la visite, repérez les tuyaux gris mats, souples, avec des soudures arrondies, sous l’évier, près du compteur ou dans les caves.
En copropriété, le remplacement des colonnes relève de l’assemblée générale. Lisez notre article sur les parties communes.

Travaux sur des peintures au plomb : les précautions
Les travaux sur des revêtements contenant du plomb doivent être conduits de façon à ne pas disperser de poussières.
- éviter le ponçage à sec et le décapage thermique à haute température ;
- privilégier le recouvrement, l’encapsulage ou la dépose des éléments ;
- confiner la zone de travaux et protéger les sols ;
- nettoyer à l’humide, sans balayage à sec ;
- éloigner les enfants et les femmes enceintes pendant les travaux ;
- confier les travaux importants à une entreprise informée du risque.
Ces précautions augmentent le coût et la durée des travaux. Un acheteur qui prévoit de rénover les menuiseries, les boiseries ou les murs d’un logement ancien doit les intégrer à son budget.
Acheter avec de jeunes enfants
Pour une famille avec de jeunes enfants ou un projet de grossesse, le CREP mérite une attention particulière.
Les unités en classe 2 et 3 situées dans les pièces de vie, les fenêtres et appuis où les enfants peuvent porter la bouche, les portes et plinthes soumises au frottement, sont les points à traiter en priorité, avant l’emménagement si possible. Un nettoyage soigneux à l’humide des sols et des rebords limite l’exposition aux poussières.
En cas de doute sur une exposition, un médecin peut prescrire un dosage de la plombémie.

Les solutions de traitement
Plusieurs approches permettent de supprimer le risque d’exposition, selon l’état et la nature des éléments.
Le recouvrement
Poser un matériau durable par-dessus le revêtement au plomb, comme un doublage ou un habillage, supprime l’accès aux peintures sans les disperser.
Le remplacement
Changer les éléments les plus dégradés, comme des fenêtres ou des portes anciennes, est souvent la solution la plus simple, et améliore aussi l’isolation.
Le décapage maîtrisé
Retirer les peintures par des méthodes qui limitent les poussières, avec confinement et nettoyage soigneux, lorsque l’élément doit être conservé.
Le choix dépend du projet de rénovation et du budget. Dans tous les cas, un contrôle après travaux permet de s’assurer que les poussières ont été correctement éliminées.
Plomb et location
Pour louer un logement construit avant 1949, le CREP doit être annexé au bail, et le logement doit être décent.
Des revêtements dégradés contenant du plomb, accessibles aux occupants, constituent un risque pour la santé qui peut rendre le logement non décent. Le bailleur doit réaliser les travaux nécessaires pour supprimer le risque. Pour un investisseur, ces travaux sont un préalable à la mise en location.

Intégrer le plomb à la négociation
Le CREP permet d’identifier les travaux à prévoir et d’en tenir compte dans le prix.
Des menuiseries anciennes en classe 3 à remplacer, des boiseries à décaper avec précautions, des canalisations en plomb à changer : ces postes peuvent être chiffrés et intégrés à l’offre. Le CREP étant remis avant la vente, ces éléments ne pourront plus fonder un recours ultérieur pour vice caché.
Lisez notre article sur le budget travaux.
Plomb et autres pathologies du bâti ancien
Un logement d’avant 1949 présente souvent d’autres points de vigilance.
Humidité, planchers bois, électricité ancienne, amiante dans certains matériaux posés après guerre, isolation faible : le plomb n’est qu’un des sujets du bâti ancien. Les facteurs de dégradation relevés par le CREP, comme les coulures et moisissures, orientent souvent vers une humidité à traiter.
Lisez nos articles sur l’appartement ancien et la maison en pierre ancienne.
Ce que l’expertise bâtiment apporte
L’expert en bâtiment ne mesure pas le plomb, mais il relie le CREP à l’état du logement et à vos projets.
Il relit le classement du CREP, repère les éléments dégradés, les canalisations susceptibles d’être en plomb, et analyse les causes des facteurs de dégradation, comme l’humidité. Il intègre les précautions liées au plomb dans l’estimation des travaux de rénovation.
Découvrez notre guide de l’expertise pré-achat et notre article sur les diagnostics obligatoires et l’expertise bâtiment.
Faire expertiser le bien avant de signer
L’auteur
Laurent Hojan, expert construction et bâtiment depuis huit ans, fondateur de Check my House, 1er réseau national d’expertise immobilière : plus de 65 experts en bâtiment certifiés et diplômés, formés notamment par l’OFIB. Les préconisations d’expertise Check my House sont couvertes par une assurance décennale.
Le tarif
Expertise avant achat ou vente, maison ou appartement : 650 € TTC jusqu’à 50 m², puis 3 € par m² supplémentaire. Déplacement 60 € jusqu’à 100 km, frais de gestion 50 €. Rapport certifié compris, remis sous 96h. Détail sur nos tarifs et méthode dans notre guide de l’expertise pré-achat.
Questions fréquentes
Le CREP est-il obligatoire à la vente ?
Oui pour les logements construits avant le 1er janvier 1949.
Quel est le seuil réglementaire ?
1 mg/cm² de plomb dans le revêtement.
Quelle est la validité du CREP ?
Illimitée sans plomb au-dessus du seuil, un an pour une vente en cas de présence.
Que signifie la classe 3 ?
Un revêtement contenant du plomb et dégradé, qui expose les occupants à un risque.
Le CREP concerne-t-il les canalisations ?
Non, seulement les revêtements. Les canalisations en plomb doivent être repérées à part.
Peut-on poncer une peinture au plomb ?
Il faut éviter le ponçage à sec et le décapage thermique à haute température, qui dispersent des poussières.
Les enfants sont-ils plus exposés ?
Oui, les jeunes enfants et les femmes enceintes sont les plus sensibles.
Un logement avec plomb peut-il être loué ?
Oui s’il est décent : les revêtements dégradés accessibles doivent être traités.
Le CREP couvre-t-il les parties communes ?
Un CREP spécifique des parties communes est exigé dans les immeubles concernés.
Combien coûte l’expertise avant achat ?
650 euros TTC jusqu’à 50 m², puis 3 euros par m² supplémentaire, plus 60 euros de déplacement jusqu’à 100 km et 50 euros de frais de gestion.
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Sources et références
- Code de la santé publique, articles L1334-5 et suivants
- Code de la construction et de l’habitation, article L271-4
- Service-Public, constat de risque d’exposition au plomb

























































