Acheter une passoire thermique pour louer : le calendrier 2025 à 2034
Les logements les plus énergivores sont progressivement exclus du marché locatif. Pour un investisseur, acheter une passoire thermique peut être une opportunité, à condition de connaître précisément le calendrier, les travaux nécessaires et leur faisabilité. Voici ce qu’il faut savoir avant d’acheter un logement classé E, F ou G pour le louer.
Depuis la loi Climat et résilience, un logement doit atteindre un niveau minimal de performance énergétique pour être décent, donc louable comme résidence principale. En métropole, les logements classés G ne peuvent plus être proposés à la location depuis le 1er janvier 2025, les logements classés F ne le pourront plus à partir du 1er janvier 2028, et les logements classés E à partir du 1er janvier 2034. Les loyers des logements F et G sont gelés depuis août 2022. Acheter pour louer impose donc de chiffrer les travaux nécessaires et de vérifier qu’ils sont techniquement et juridiquement réalisables.
Article rédigé par Laurent Hojan, fondateur de Check my House. Un conseiller vous répond au 0 805 69 09 69 (appel gratuit), du lundi au vendredi de 9h à 19h.
La performance énergétique, critère de décence
La loi Climat et résilience du 22 août 2021 a intégré la performance énergétique dans la définition du logement décent.
Un bailleur doit remettre au locataire un logement décent. Depuis cette loi, un niveau minimal de performance énergétique fait partie des critères de décence, avec un seuil qui se durcit progressivement. Un logement qui ne respecte pas le seuil en vigueur ne peut plus faire l’objet d’un nouveau bail, d’un renouvellement ou d’une reconduction tacite comme résidence principale.
Le locataire d’un logement non décent peut demander au bailleur sa mise en conformité et, à défaut, saisir le juge, qui peut ordonner des travaux et réduire le loyer.
Pour un investisseur, l’étiquette énergétique n’est donc plus un simple indicateur de charges : elle conditionne la possibilité même de percevoir un loyer, et doit être examinée avant toute offre.
Le calendrier en métropole
L’interdiction de mise en location progresse classe par classe.
- depuis le 1er janvier 2023 : logements dont la consommation d’énergie finale dépasse 450 kWh par m² et par an ;
- depuis le 1er janvier 2025 : logements classés G ;
- à partir du 1er janvier 2028 : logements classés F ;
- à partir du 1er janvier 2034 : logements classés E.
Un calendrier spécifique, plus tardif, s’applique dans les départements d’outre-mer. L’interdiction s’applique aux nouveaux baux et aux renouvellements ; un bail en cours se poursuit jusqu’à son terme, mais il ne pourra pas être renouvelé si le logement n’est pas conforme.

Le gel des loyers des logements F et G
Depuis le 24 août 2022, en métropole, les loyers des logements classés F et G ne peuvent plus être augmentés.
Ce gel s’applique à la révision annuelle, à la relocation et au renouvellement du bail. Pour un investisseur, il limite la progression des revenus locatifs tant que les travaux ne sont pas réalisés. Il s’ajoute, dans certaines communes, à l’encadrement des loyers.
Ce point doit être intégré au calcul de rentabilité dès l’achat, au même titre que le coût des travaux.
Il ne s’applique qu’aux logements dont le DPE affiche F ou G à la date concernée.
L’effet du nouveau coefficient électricité
Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l’électricité est passé de 2,3 à 1,9, ce qui améliore l’étiquette de nombreux logements chauffés à l’électricité.
Un studio chauffé par convecteurs, classé G avec l’ancien calcul, peut désormais afficher une étiquette F ou E. Il redevient alors louable, au moins jusqu’à l’échéance de sa nouvelle classe. Une attestation gratuite de nouvelle étiquette peut être obtenue via l’Observatoire DPE-Audit de l’Ademe pour les DPE établis avant 2026.
Pour l’investisseur, il est indispensable de vérifier l’étiquette avec le nouveau calcul avant d’acheter, et d’évaluer la marge par rapport aux seuils futurs. Lisez notre article sur le DPE 2026.

Une opportunité, sous conditions
Les passoires thermiques se négocient souvent avec une décote. Elle n’est une bonne affaire que si les travaux sont réalisables et chiffrés.
Un logement classé F ou G peut être acheté moins cher que des biens comparables mieux classés. Si les travaux nécessaires pour atteindre une classe suffisante sont maîtrisables, l’investisseur peut créer de la valeur. Mais si les travaux sont lourds, dépendent de la copropriété ou se heurtent à des contraintes techniques, la décote peut être insuffisante.
Le calcul doit intégrer le prix, les travaux, la durée sans loyer pendant le chantier, les aides éventuelles et le loyer après travaux.
La méthode de calcul d’un investisseur prudent
Avant toute offre, l’investisseur doit raisonner sur le coût global, pas sur le seul prix affiché.
- le prix d’achat et les frais d’acquisition ;
- le coût des travaux nécessaires pour atteindre au moins la classe exigée à l’horizon de détention, et idéalement au-delà ;
- les travaux non énergétiques révélés par l’expertise : électricité, humidité, sécurité ;
- la durée du chantier et la perte de loyers correspondante ;
- les appels de fonds de copropriété prévus au plan pluriannuel ;
- le loyer réaliste après travaux, compte tenu du gel éventuel et de l’encadrement local ;
- les aides mobilisables, sans les considérer comme acquises.
Viser directement une classe supérieure à l’exigence immédiate évite d’avoir à refaire des travaux quelques années plus tard, lorsque le seuil suivant entrera en vigueur. Un logement remis en classe E en 2026 devra encore progresser avant 2034.

Organiser les travaux dans le bon ordre
Le bon ordre des travaux évite les dépenses inutiles et les désordres.
La logique générale est de traiter d’abord l’enveloppe, puis les équipements : isoler et remplacer les menuiseries avant de dimensionner un nouveau système de chauffage, qui pourra alors être plus petit et moins cher. La ventilation doit accompagner l’amélioration de l’étanchéité à l’air. Les travaux qui relèvent de la copropriété peuvent imposer un calendrier différent.
Pour un logement déjà loué, les travaux supposent l’accord et l’information du locataire, voire son relogement temporaire. Acheter un logement vide simplifie l’organisation du chantier.
Quels travaux pour gagner une ou deux classes ?
Les leviers dépendent du type de logement, de son mode de chauffage et de sa situation dans l’immeuble.
Isolation
Combles ou toiture, murs, planchers bas : les postes les plus efficaces dans une maison.
Menuiseries
Remplacement des fenêtres anciennes, avec entrées d’air adaptées.
Chauffage et eau chaude
Remplacement des convecteurs anciens, pompe à chaleur, chauffe-eau thermodynamique : gains importants sur l’étiquette.
Ventilation
Indispensable dès que l’on isole et que l’on remplace les fenêtres, pour éviter la condensation.
L’audit énergétique, obligatoire à la vente des maisons classées E, F ou G, propose des scénarios. Lisez notre article sur l’audit énergétique.

En copropriété : ce qui dépend du lot et ce qui dépend de l’immeuble
Dans un appartement, une partie des travaux les plus efficaces relève des parties communes.
L’isolation des façades, de la toiture et des planchers bas, le remplacement d’un chauffage collectif ou de fenêtres classées parties communes sont des décisions de l’assemblée générale. Le propriétaire d’un lot ne peut agir que sur ce qui relève de son logement : équipements de chauffage individuels, eau chaude, isolation intérieure, menuiseries privatives, ventilation.
Avant d’acheter, il faut donc vérifier si les travaux nécessaires sont réalisables dans le lot, et ce que prévoit le plan pluriannuel de travaux. Lisez notre article sur le plan pluriannuel de travaux.
Les contraintes techniques à anticiper
Certains logements sont difficiles à rénover énergétiquement.
- petites surfaces où l’isolation intérieure réduit la surface sous le seuil de décence ;
- façades protégées interdisant l’isolation extérieure ;
- bâti ancien sensible à l’humidité, qui exige des solutions adaptées ;
- impossibilité d’installer une unité extérieure de pompe à chaleur ;
- copropriété réticente à voter des travaux ;
- présence d’amiante dans les matériaux à déposer.
Ces contraintes doivent être identifiées avant l’achat. Lisez notre article sur les studios et chambres de service.

Ne pas oublier l’état du bâti
Un logement énergivore est souvent un logement ancien, qui peut présenter d’autres défauts.
Humidité, électricité ancienne, plomb dans les peintures, toiture vieillissante, fissures : la décence ne se limite pas à l’énergie. Les travaux de rénovation énergétique révèlent aussi souvent des problèmes cachés, qui augmentent le budget.
Après l’été 2026, le plus chaud mesuré en France depuis 1900 selon Météo-France, le confort d’été devient aussi un critère d’attractivité locative, en particulier pour les derniers étages.
Négocier l’achat d’une passoire thermique
La négociation doit s’appuyer sur un budget de travaux réaliste et documenté.
Le coût des travaux nécessaires pour atteindre une classe compatible avec la location, la perte de loyers pendant le chantier, le gel des loyers et les incertitudes liées à la copropriété sont des arguments objectifs. L’audit énergétique, le DPE et un rapport d’expertise fournissent la base documentaire.
Lisez notre article sur la négociation avec un rapport d’expertise.
Penser aussi à la revente
Un logement rénové et bien classé se revend plus facilement ; un logement non rénové voit son public d’acheteurs se réduire à chaque échéance.
À chaque étape du calendrier, les logements qui n’ont pas été rénovés perdent une partie de leurs acheteurs potentiels, notamment les investisseurs. À l’inverse, un logement rénové avec des travaux documentés, des factures et un nouveau DPE favorable bénéficie d’un avantage durable. L’investisseur a intérêt à conserver tous les justificatifs, qui valoriseront le bien lors de la revente.
Maison individuelle : plus de leviers, plus de responsabilités
Dans une maison, le propriétaire maîtrise tous les travaux, mais il en supporte seul le coût.
Isolation des combles et des murs, remplacement des fenêtres, changement de chauffage, ventilation : tous les leviers sont disponibles. L’audit énergétique fournit un parcours de travaux. Il faut vérifier que la structure, la toiture et l’état des murs permettent ces travaux sans désordre, notamment sur une maison ancienne.
Lisez notre article sur la maison en pierre ancienne.
Le rôle de l’expertise pour un investisseur
L’expertise relie la performance énergétique à l’état réel du logement et à la faisabilité des travaux.
L’expert vérifie l’état du bâti, l’humidité, la ventilation, les menuiseries, l’électricité apparente, l’isolation visible, la surface et la hauteur sous plafond, puis évalue la faisabilité des travaux énergétiques envisagés et les risques associés. Il signale ce qui relève du lot et ce qui relève de la copropriété.
Découvrez notre guide de l’expertise pré-achat et notre article sur le budget travaux.
Faire expertiser le bien avant de signer
L’auteur
Laurent Hojan, expert construction et bâtiment depuis huit ans, fondateur de Check my House, 1er réseau national d’expertise immobilière : plus de 65 experts en bâtiment certifiés et diplômés, formés notamment par l’OFIB. Les préconisations d’expertise Check my House sont couvertes par une assurance décennale.
Le tarif
Expertise avant achat ou vente, maison ou appartement : 650 € TTC jusqu’à 50 m², puis 3 € par m² supplémentaire. Déplacement 60 € jusqu’à 100 km, frais de gestion 50 €. Rapport certifié compris, remis sous 96h. Détail sur nos tarifs et méthode dans notre guide de l’expertise pré-achat.
Questions fréquentes
Peut-on encore louer un logement classé G ?
Non, en métropole, les logements G ne peuvent plus faire l’objet d’un nouveau bail depuis le 1er janvier 2025.
Quand les logements F seront-ils interdits à la location ?
À partir du 1er janvier 2028.
Et les logements E ?
À partir du 1er janvier 2034.
Le loyer d’un logement F peut-il augmenter ?
Non, les loyers des logements F et G sont gelés depuis le 24 août 2022 en métropole.
Un bail en cours est-il résilié ?
Non, il se poursuit, mais il ne pourra pas être renouvelé si le logement n’est pas conforme.
Le nouveau coefficient électricité peut-il aider ?
Oui, il améliore l’étiquette de nombreux logements chauffés à l’électricité depuis le 1er janvier 2026.
Quels travaux sont les plus efficaces ?
Selon les cas, isolation, chauffage et eau chaude performants, menuiseries et ventilation.
En copropriété, puis-je tout faire moi-même ?
Non, les travaux sur les parties communes relèvent de l’assemblée générale.
Acheter une passoire est-il une bonne affaire ?
Seulement si les travaux sont réalisables, chiffrés et intégrés au prix.
Combien coûte l’expertise avant achat ?
650 euros TTC jusqu’à 50 m², puis 3 euros par m² supplémentaire, plus 60 euros de déplacement jusqu’à 100 km et 50 euros de frais de gestion.
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Faites-le examiner par un expert en bâtiment indépendant avant de signer.
Sources et références
- Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 (Climat et résilience)
- Décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif au logement décent
- Observatoire DPE-Audit (Ademe)
- Météo-France, bilan climatique de l’été 2026




