État des risques et pollutions : comment le lire pour l’aléa argile
L’état des risques et pollutions fait partie des documents remis à l’acheteur, mais il est souvent survolé. Bien lu, il dit beaucoup sur les risques du secteur. Mal compris, il peut rassurer à tort sur le risque argileux.
L’état des risques et pollutions (ERP) indique les zones réglementées où se situe le bien (plans de prévention, sismicité, radon, recul du trait de côte) et les sinistres indemnisés au titre d’une catastrophe naturelle. Il ne mentionne l’aléa retrait-gonflement des argiles de façon réglementaire que si un plan de prévention spécifique s’applique. Pour mesurer ce risque, complétez toujours l’ERP par la carte d’exposition aux argiles de Géorisques et par l’examen de la maison.
Article rédigé par Laurent Hojan, fondateur de Check my House. Un conseiller vous répond au 0 805 69 09 69 (appel gratuit), du lundi au vendredi de 9h à 19h.
Qu’est-ce que l’état des risques et pollutions ?
L’ERP est un document réglementaire, de moins de six mois, qui informe l’acquéreur ou le locataire des risques naturels, miniers et technologiques auxquels le bien est exposé.
Il fait partie du dossier de diagnostic technique prévu par l’article L271-4 du Code de la construction et de l’habitation, et son contenu est fixé par l’article L125-5 du Code de l’environnement. Depuis le 1er janvier 2023, les informations sur les risques doivent être accessibles dès l’annonce et l’ERP remis dès la première visite, et non plus seulement à la promesse.
Le vendeur peut l’établir lui-même, notamment à partir de l’outil disponible sur Géorisques. C’est un document déclaratif, fondé sur des zonages administratifs : il ne repose sur aucune visite du bien.
Ce que l’ERP contient
L’ERP liste les zones réglementées dans lesquelles se trouve le bien et les sinistres indemnisés dont le vendeur a connaissance.
- la situation du bien au regard d’un plan de prévention des risques naturels, miniers ou technologiques, avec un extrait graphique et le règlement applicable ;
- la zone de sismicité, de 1 à 5 ;
- le potentiel radon de la commune ;
- le cas échéant, l’exposition au recul du trait de côte ;
- la liste des sinistres ayant donné lieu à une indemnisation au titre d’une catastrophe naturelle ou technologique pendant que le vendeur était propriétaire ou dont il a eu connaissance ;
- les travaux prescrits par un plan de prévention et leur réalisation éventuelle.

Pourquoi l’ERP peut sous-estimer le risque argileux
Le retrait-gonflement des argiles n’apparaît de façon réglementaire dans l’ERP que si la commune est couverte par un plan de prévention des risques spécifique à cet aléa, ce qui reste minoritaire.
Or l’exposition au retrait-gonflement des argiles est très répandue : selon le ministère de la Transition écologique, les zones d’exposition moyenne ou forte couvrent 48 % du territoire métropolitain et concernent 10,4 millions de maisons individuelles. Une maison peut donc être fortement exposée sans que l’ERP réglementaire le signale.
Le réflexe à avoir est simple : consulter en plus la carte d’exposition au retrait-gonflement des argiles sur Géorisques, à l’adresse exacte du bien. Notre article sur le retrait-gonflement des argiles avant l’achat détaille la démarche.
La rubrique la plus utile : les sinistres indemnisés
La mention d’un sinistre indemnisé au titre d’une catastrophe naturelle est l’information la plus concrète de l’ERP pour l’acheteur.
Elle prouve que le bien a subi un dommage reconnu, qu’il s’agisse d’une inondation ou d’une sécheresse. Elle doit déclencher des questions précises : nature des dommages, montant de l’indemnisation, travaux réalisés, entreprises et garanties.
À l’inverse, l’absence de mention ne prouve pas l’absence de dommage. Un désordre non déclaré, non indemnisé, ou survenu avant l’acquisition par le vendeur actuel peut ne pas figurer. Et les désordres de l’été 2026, non encore reconnus, ne peuvent pas y apparaître. Lisez notre article sur l’achat d’une maison déjà sinistrée.

Lire un plan de prévention des risques
Si le bien est situé dans un plan de prévention, l’ERP en reproduit un extrait et en résume les prescriptions. Ce n’est pas un détail administratif.
Un plan de prévention des risques inondation peut imposer des travaux sur les biens existants, interdire certaines extensions ou encadrer l’aménagement des sous-sols. Un plan de prévention retrait-gonflement peut fixer des règles constructives pour les extensions. Ces contraintes s’appliquent au nouveau propriétaire.
Lisez le règlement de la zone concernée, disponible en mairie ou sur Géorisques, et vérifiez si des travaux prescrits ont été réalisés. Si vous envisagez une extension ou un aménagement, assurez-vous qu’il sera autorisé.
Le recul du trait de côte, une rubrique récente
Depuis 2023, l’ERP informe aussi de l’exposition au recul du trait de côte dans les communes concernées.
Cette information indique l’horizon temporel d’exposition et les prescriptions applicables. Pour un bien littoral, elle a des conséquences directes sur la valeur à long terme et sur les travaux autorisés. Elle ne concerne qu’une liste limitée de communes, mais mérite une lecture attentive lorsqu’elle apparaît.

Sismicité et radon : deux rubriques à ne pas survoler
L’ERP mentionne systématiquement la zone de sismicité et le potentiel radon de la commune. Ce sont des informations utiles pour l’entretien et les travaux.
La France est découpée en cinq zones de sismicité, de très faible à forte. En zone de sismicité modérée à forte, des règles de construction parasismique s’appliquent aux constructions neuves et à certains travaux sur l’existant. Pour l’acheteur d’une maison ancienne, l’information invite surtout à une attention particulière à l’état de la structure, des chaînages et des fissures.
Le radon est un gaz radioactif naturel issu du sous-sol granitique ou volcanique, qui peut s’accumuler dans les pièces en contact avec le sol. Dans les communes à potentiel significatif, une bonne ventilation des sous-sols et des rez-de-chaussée, l’étanchéité des passages de réseaux et, si besoin, une mesure de concentration permettent de maîtriser le risque. L’expert vérifie la ventilation lors de sa visite.
Un cas concret de lecture
Prenons une maison de plain-pied des années 1980, dans une commune qui compte plusieurs arrêtés sécheresse et dont l’ERP ne mentionne ni plan de prévention ni sinistre indemnisé.
À la seule lecture de l’ERP, rien n’alerte. La consultation de la carte d’exposition sur Géorisques révèle pourtant une exposition forte au retrait-gonflement des argiles, et l’historique communal plusieurs reconnaissances de sécheresse. La visite montre une fissure en escalier sur l’angle nord-ouest, à quelques mètres d’un grand chêne.
L’ERP n’était pas faux : il ne portait simplement pas sur ce risque. C’est la combinaison de l’ERP, de Géorisques et de l’expertise qui donne une image complète, et qui permet ici de chiffrer une éventuelle reprise avant de faire une offre.

Notre méthode pour exploiter l’ERP
L’ERP est un point de départ. Il oriente les vérifications, il ne les remplace pas.
1. Vérifier sa date et sa parcelle
Il doit dater de moins de six mois et viser les bonnes références cadastrales.
2. Compléter par Géorisques
Consultez la carte des argiles, les zones inondables et l’historique des arrêtés de catastrophe naturelle de la commune.
3. Questionner le vendeur
Pour chaque sinistre mentionné, et plus largement pour tout désordre connu, demandez des réponses écrites.
4. Faire examiner le bien
L’expert relie les risques identifiés à l’état réel de la maison ou de l’appartement.
Consultez aussi notre article sur la lecture des arrêtés de catastrophe naturelle.
Lire l’état des risques en cinq minutes
Une lecture méthodique permet d’extraire l’essentiel du document.
- vérifier la date d’établissement, qui doit être récente ;
- repérer les risques naturels cochés : inondation, mouvement de terrain, retrait-gonflement des argiles, séisme ;
- noter le niveau d’exposition aux argiles : faible, moyen ou fort ;
- lire la mention des plans de prévention des risques applicables ;
- consulter la déclaration du vendeur sur les sinistres indemnisés au titre des catastrophes naturelles ;
- comparer avec les arrêtés de catastrophe naturelle de la commune sur Géorisques.
Une exposition forte aux argiles combinée à des arrêtés sécheresse récents doit conduire à un examen attentif de la maison.

Ce que l’état des risques ne vous dira pas
L’état des risques informe sur une exposition, pas sur l’état du bâtiment.
Il ne dit pas si la maison présente des fissures, si ses fondations sont adaptées, si des travaux de confortement ont été réalisés, ni si un sinistre est en cours d’instruction. Deux maisons voisines, dans la même zone d’exposition, peuvent se comporter très différemment selon leurs fondations, leur environnement et leur entretien.
C’est pourquoi l’état des risques doit être complété par un examen du bâti. Après l’été 2026, le plus chaud mesuré en France depuis 1900 selon Météo-France, cette complémentarité est essentielle. Lisez notre article sur les diagnostics obligatoires et l’expertise bâtiment.
L’état des risques pour un appartement
L’état des risques est aussi remis lors de la vente d’un appartement situé dans une zone concernée. Sa lecture est un peu différente.
Pour un appartement, l’exposition au retrait-gonflement des argiles concerne l’immeuble entier. Les immeubles collectifs sont en général fondés plus profondément que les maisons individuelles et sont souvent moins sensibles, mais les bâtiments bas, les annexes et les parkings peuvent être touchés. Le risque d’inondation concerne surtout les rez-de-chaussée, les caves et les parkings souterrains.
Croisez l’état des risques avec les procès-verbaux d’assemblée générale : une procédure de catastrophe naturelle, des fissures en façade ou des inondations de caves y sont généralement évoquées. Lisez notre article sur l’appartement en rez-de-chaussée.
Après l’achat : garder le document
L’état des risques reste utile après la signature.
Il sert de référence en cas de sinistre ultérieur, notamment pour une déclaration au titre d’une catastrophe naturelle. Conservez-le avec l’acte de vente, les diagnostics et le rapport d’expertise. Lors d’une future revente, vous devrez fournir un état des risques actualisé et informer l’acheteur des sinistres indemnisés pendant votre période de propriété.
Faire expertiser le bien avant de signer
L’auteur
Laurent Hojan, expert construction et bâtiment depuis huit ans, fondateur de Check my House, 1er réseau national d’expertise immobilière : plus de 65 experts en bâtiment certifiés et diplômés, formés notamment par l’OFIB. Les préconisations d’expertise Check my House sont couvertes par une assurance décennale.
Le tarif
Expertise avant achat ou vente, maison ou appartement : 650 € TTC jusqu’à 50 m², puis 3 € par m² supplémentaire. Déplacement 60 € jusqu’à 100 km, frais de gestion 50 €. Rapport certifié compris, remis sous 96h. Détail sur nos tarifs et méthode dans notre guide de l’expertise pré-achat.
Questions fréquentes
L’ERP est-il obligatoire ?
Oui, il fait partie du dossier de diagnostic technique remis à l’acquéreur et doit dater de moins de six mois.
Quand l’ERP doit-il être remis ?
Depuis 2023, l’information sur les risques doit figurer dès l’annonce et l’ERP être remis dès la première visite.
L’ERP mentionne-t-il le risque argile ?
De façon réglementaire seulement si un plan de prévention spécifique s’applique. Consultez en plus la carte Géorisques.
Qui établit l’ERP ?
Le vendeur peut l’établir lui-même, notamment avec l’outil de Géorisques, ou le confier à un diagnostiqueur.
Que signifie un sinistre indemnisé dans l’ERP ?
Que le bien a subi un dommage reconnu au titre d’une catastrophe naturelle ou technologique. Demandez le détail des travaux.
Une absence de sinistre est-elle rassurante ?
Pas totalement : des désordres non déclarés ou récents, comme ceux de l’été 2026, n’y figurent pas.
Un plan de prévention peut-il imposer des travaux ?
Oui, certains règlements prescrivent des travaux sur les biens existants, qui s’appliquent au nouveau propriétaire.
L’ERP concerne-t-il les appartements ?
Oui, il est remis pour toute vente de logement. Les risques inondation et sismicité concernent aussi les immeubles.
Que faire si l’ERP est erroné ?
Le signaler au notaire avant la signature. Une information erronée peut avoir des conséquences sur la vente.
L’expert lit-il l’ERP ?
Oui, il l’utilise pour orienter son examen vers les désordres que les risques identifiés rendent probables.
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Un doute sur un bien ?
Faites-le examiner par un expert en bâtiment indépendant avant de signer.
Sources et références
- Code de l’environnement, article L125-5
- Décret n° 2022-1289 du 1er octobre 2022 relatif à l’information des acquéreurs et des locataires sur les risques
- Code de la construction et de l’habitation, article L271-4
- Géorisques : état des risques et carte des argiles
- SDES : exposition au retrait-gonflement des argiles




