Copropriétés des années 1960 et 1970 : façades béton, balcons et travaux à venir
Les résidences construites dans les années 1960 et 1970 offrent souvent des appartements spacieux, lumineux, avec balcon et parking, à des prix accessibles. Elles arrivent aussi à un âge où le béton, l’étanchéité, les réseaux et la performance énergétique demandent des travaux importants. Voici ce qu’il faut savoir avant d’y acheter.
Les copropriétés des années 1960 et 1970 ont été construites rapidement, souvent en béton armé, avant les premières réglementations thermiques. Leurs points faibles typiques sont la corrosion des armatures du béton en façade et sur les balcons, les toitures-terrasses, les colonnes d’eau et d’évacuation, l’amiante dans certains matériaux, et une isolation thermique faible. Avant d’acheter, il faut examiner l’état du béton, lire le plan pluriannuel de travaux et anticiper la rénovation énergétique.
Article rédigé par Laurent Hojan, fondateur de Check my House. Un conseiller vous répond au 0 805 69 09 69 (appel gratuit), du lundi au vendredi de 9h à 19h.
Une génération d’immeubles construite vite
Les années 1960 et 1970 correspondent à une période de construction massive, avec des méthodes industrialisées et peu de contraintes thermiques.
Pour répondre à la demande de logements, de nombreuses résidences ont été construites en béton armé, avec des panneaux préfabriqués, des balcons en porte-à-faux, des toitures-terrasses et des réseaux standardisés. Les premières exigences thermiques n’apparaissent qu’au milieu des années 1970, après le premier choc pétrolier. Les immeubles antérieurs sont donc généralement peu ou pas isolés.
Ces immeubles ont aujourd’hui plus de cinquante ans. Ils sont souvent sains sur le plan structurel, mais leurs composants arrivent en fin de vie, et les obligations de rénovation énergétique les placent au cœur des enjeux de la décennie.
Acheter dans une telle résidence n’est donc ni une bonne ni une mauvaise affaire en soi : tout dépend de l’état réel de l’immeuble et de la capacité de la copropriété à programmer ses travaux.
La corrosion des armatures : le désordre typique
Le principal désordre des bétons de cette époque est la corrosion des aciers d’armature, qui fait éclater le béton.
Avec le temps, le béton perd sa capacité à protéger les aciers, sous l’effet de la carbonatation et de la pénétration de l’eau. Les aciers rouillent, gonflent et font éclater le béton qui les recouvre. Le phénomène est accentué lorsque l’enrobage, l’épaisseur de béton qui protège l’acier, est insuffisant, ce qui était fréquent à l’époque.
Les signes : traces de rouille sur la façade, fissures parallèles aux armatures, éclats de béton laissant voir les aciers, morceaux tombés au pied des façades. Les nez de balcons, les acrotères, les corniches et les poteaux sont les zones les plus touchées.

Balcons et garde-corps : sécurité avant tout
Les balcons en porte-à-faux sont exposés aux intempéries sur toutes leurs faces. Leur dégradation est un enjeu de sécurité.
- éclats de béton en sous-face et en rive ;
- aciers apparents et corrodés ;
- fissures à l’encastrement dans la façade ;
- étanchéité de la dalle absente ou dégradée, avec infiltrations dans la sous-face ;
- garde-corps métalliques corrodés à leurs fixations ;
- évacuations bouchées ou absentes.
Un balcon dégradé peut faire l’objet d’une interdiction d’accès par la copropriété en attendant les travaux. Les réparations de béton et de garde-corps sont souvent intégrées à un ravalement global.
Interrogez le syndic sur les éventuels balcons condamnés ou les arrêtés de mise en sécurité.
Les toitures-terrasses
La plupart des résidences de cette époque ont des toitures-terrasses, dont l’étanchéité a souvent été refaite une ou plusieurs fois.
L’étanchéité d’une toiture-terrasse a une durée de vie limitée. Les procès-verbaux et le carnet d’entretien indiquent la date de la dernière réfection. Une réfection ancienne, des infiltrations récurrentes au dernier étage, des réparations ponctuelles répétées annoncent des travaux.
La réfection de l’étanchéité est l’occasion d’isoler la toiture, ce qui améliore fortement le confort des derniers étages. Lisez notre article sur l’appartement au dernier étage.

Colonnes d’eau, évacuations et chauffage collectif
Les réseaux d’origine arrivent en fin de vie et leur remplacement est un chantier lourd.
Colonnes d’eau
Acier galvanisé corrodé, fuites, eau colorée, pression faible aux étages.
Évacuations
Fonte ou matériaux d’époque fissurés, engorgements, dégâts des eaux répétés.
Chauffage collectif
Chaudières remplacées une ou plusieurs fois, réseaux de distribution d’origine, émetteurs anciens, équilibrage défaillant.
Vide-ordures
Souvent condamnés, ils posent parfois des questions d’hygiène et de sécurité incendie.
Le remplacement des colonnes implique d’intervenir dans chaque logement, avec des travaux de reprise des finitions. Lisez notre article sur les parties communes.
Ventilation collective et conduits
De nombreux immeubles de cette époque sont ventilés par des conduits collectifs dont le fonctionnement a pu être perturbé.
Les conduits collectifs, parfois appelés shunts, assurent une ventilation naturelle des cuisines et salles d’eau par tirage thermique. Lorsque les occupants installent des hottes motorisées raccordées sur ces conduits, remplacent leurs fenêtres par des modèles étanches sans entrées d’air, ou obstruent les grilles, la ventilation de tout l’immeuble est perturbée : refoulements d’odeurs, condensation, moisissures.
Certaines copropriétés ont installé une VMC collective, dont l’entretien et le remplacement des moteurs sont des postes de charges. L’expert vérifie les bouches d’extraction, les entrées d’air et les signes de condensation dans le logement.

Amiante : un sujet incontournable
Les immeubles construits avant le 1er juillet 1997 peuvent contenir de l’amiante, et ceux des années 1960 et 1970 en contiennent fréquemment.
L’amiante peut se trouver dans les dalles de sol, les colles, les conduits, les flocages, les plaques de façade ou de toiture, les enduits, les joints. Le dossier technique amiante des parties communes, tenu par le syndic, et le diagnostic amiante du lot, obligatoire à la vente, en signalent la présence dans les matériaux repérés.
L’amiante n’est pas dangereux tant qu’il reste en bon état et n’est pas travaillé. Il devient un enjeu lors des travaux : désamiantage, précautions, coûts et délais supplémentaires. Lisez notre article sur l’amiante dans un logement à acheter.
La rénovation énergétique, enjeu majeur de la décennie
Ces immeubles sont souvent classés en étiquettes énergétiques basses. Leur rénovation est encouragée et, pour les logements loués, de plus en plus nécessaire.
Le calendrier d’interdiction de location des logements énergivores concerne la classe G depuis le 1er janvier 2025, la classe F à partir du 1er janvier 2028 et la classe E à partir du 1er janvier 2034. Dans une résidence non isolée, de nombreux logements sont concernés. Les solutions efficaces sont souvent collectives : isolation thermique par l’extérieur, isolation de la toiture et des planchers bas, remplacement des menuiseries, modernisation du chauffage.
Depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion de l’électricité est passé de 2,3 à 1,9, ce qui peut améliorer l’étiquette de logements chauffés à l’électricité. Lisez nos articles sur le DPE 2026 et les passoires thermiques.

Le plan pluriannuel de travaux, document clé
Pour ces copropriétés de plus de quinze ans, le plan pluriannuel de travaux est obligatoire et particulièrement révélateur.
Il recense les travaux nécessaires sur dix ans, en estime le coût et propose un échéancier. Dans une résidence des années 1960 ou 1970, il comprend souvent un ravalement avec traitement des bétons, une isolation thermique par l’extérieur, une réfection de toiture-terrasse, un remplacement des colonnes et une modernisation du chauffage.
Pour l’acheteur, c’est la meilleure source pour estimer les appels de fonds à venir. Lisez notre article sur le plan pluriannuel de travaux.
Ravalement et isolation : un chantier à mutualiser
Lorsque le ravalement d’une façade est nécessaire, la réglementation pousse à l’accompagner d’une isolation thermique.
Le Code de la construction et de l’habitation prévoit, sous conditions et avec des exceptions techniques, juridiques ou économiques, l’obligation d’isoler lors de travaux importants de ravalement. Réaliser les deux opérations ensemble mutualise l’échafaudage et les frais de chantier.
Pour l’acheteur, un ravalement avec isolation récemment réalisé est un atout considérable : immeuble rénové, charges de chauffage réduites, étiquette améliorée. Un ravalement à venir est au contraire un coût à anticiper.

Parkings souterrains et dalles
Les parkings souterrains de cette époque présentent souvent des désordres liés à l’eau et à la corrosion.
Infiltrations par la dalle supérieure, souvent recouverte d’espaces verts ou de voiries, corrosion des aciers en sous-face, fissures avec coulures blanches de calcite, évacuations insuffisantes. Les travaux d’étanchéité d’une dalle de parking sont lourds, car ils imposent de déposer ce qui la recouvre.
L’expert observe les sous-faces de dalles, les poteaux, les traces d’eau et les réparations antérieures.
Mouvements de sol et sécheresse de 2026
Les immeubles construits sur des terrains argileux peuvent être affectés par les mouvements liés au retrait-gonflement.
Les immeubles collectifs sont en général fondés plus profondément que les maisons individuelles et sont moins sensibles. Mais les bâtiments bas, les annexes, les parkings et les dallages extérieurs peuvent subir des désordres. L’été 2026, le plus chaud mesuré en France depuis 1900 selon Météo-France avec une sécheresse des sols sans précédent en moyenne, a pu en provoquer.
Consultez l’état des risques et interrogez le syndic sur d’éventuelles fissures récentes. Lisez notre article sur l’état des risques.

Dans le logement : les points à vérifier
Au-delà de l’immeuble, l’appartement lui-même présente des points typiques de son époque.
- menuiseries d’origine ou remplacées, et leur performance ;
- électricité d’origine, souvent sans protection différentielle suffisante ;
- ventilation par conduits collectifs ou VMC, et son fonctionnement ;
- dalles de sol et colles pouvant contenir de l’amiante ;
- radiateurs du chauffage collectif et robinets thermostatiques ;
- isolation phonique entre logements, souvent faible.
Lisez notre article sur l’isolation phonique.
Des atouts réels à ne pas négliger
Ces résidences ont aussi des qualités qui expliquent leur succès.
Surfaces généreuses, plans rationnels, logements traversants, balcons, espaces verts, parkings, ascenseurs, situation souvent proche des transports et des équipements. Une copropriété bien gérée, qui a engagé sa rénovation, offre un excellent rapport qualité-prix.
L’enjeu pour l’acheteur est de distinguer une résidence qui a anticipé ses travaux d’une résidence qui les a reportés.
Ce que l’expert vérifie dans ces copropriétés
L’expertise combine l’examen du lot, des parties communes accessibles et la lecture des documents.
L’expert observe les façades et balcons, les signes de corrosion des bétons, la cage d’escalier, les caves et parkings, l’état apparent des réseaux, puis l’appartement : électricité, ventilation, menuiseries, humidité, revêtements susceptibles de contenir de l’amiante. Il confronte ses constats au plan pluriannuel de travaux et aux procès-verbaux, et hiérarchise les dépenses à venir.
Découvrez notre guide de l’expertise pré-achat et notre article sur la lecture des procès-verbaux.
Faire expertiser le bien avant de signer
L’auteur
Laurent Hojan, expert construction et bâtiment depuis huit ans, fondateur de Check my House, 1er réseau national d’expertise immobilière : plus de 65 experts en bâtiment certifiés et diplômés, formés notamment par l’OFIB. Les préconisations d’expertise Check my House sont couvertes par une assurance décennale.
Le tarif
Expertise avant achat ou vente, maison ou appartement : 650 € TTC jusqu’à 50 m², puis 3 € par m² supplémentaire. Déplacement 60 € jusqu’à 100 km, frais de gestion 50 €. Rapport certifié compris, remis sous 96h. Détail sur nos tarifs et méthode dans notre guide de l’expertise pré-achat.
Questions fréquentes
Les immeubles des années 1970 sont-ils fragiles ?
Ils sont généralement sains structurellement, mais leurs composants arrivent en fin de vie.
Qu’est-ce que le béton éclaté ?
Un désordre dû à la corrosion des aciers d’armature, qui gonflent et font éclater le béton.
Les balcons sont-ils dangereux ?
Dégradés, ils peuvent présenter un risque de chute d’éléments. Leur réparation est prioritaire.
Y a-t-il de l’amiante dans ces immeubles ?
C’est fréquent. Le dossier technique amiante et le diagnostic du lot le signalent.
Ces logements sont-ils énergivores ?
Souvent, faute d’isolation d’origine. La rénovation collective est la solution la plus efficace.
Le ravalement impose-t-il une isolation ?
Sous conditions et avec des exceptions, la réglementation impose d’isoler lors de travaux importants de ravalement.
Quel document lire en priorité ?
Le plan pluriannuel de travaux, puis les procès-verbaux d’assemblée générale.
Un parking souterrain peut-il poser problème ?
Oui, infiltrations et corrosion des dalles sont fréquentes et coûteuses à traiter.
Faut-il éviter ces copropriétés ?
Non, mais il faut savoir si les travaux ont été anticipés ou reportés.
Combien coûte l’expertise avant achat ?
650 euros TTC jusqu’à 50 m², puis 3 euros par m² supplémentaire, plus 60 euros de déplacement jusqu’à 100 km et 50 euros de frais de gestion.
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Un doute sur un bien ?
Faites-le examiner par un expert en bâtiment indépendant avant de signer.
Sources et références
- Loi n° 65-557 du 10 juillet 1965, article 14-2
- Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 (Climat et résilience)
- Code de la construction et de l’habitation, isolation lors des ravalements
- Météo-France, bilan climatique de l’été 2026
- Agence Qualité Construction




