Sécheresse 2026 : qui est indemnisé quand la maison change de propriétaire ?
Une maison s’est fissurée pendant l’été 2026, elle est vendue cet automne, et la commune obtiendra peut-être un arrêté de catastrophe naturelle en 2027. Qui pourra alors réclamer l’indemnité : le vendeur ou l’acheteur ? La réponse n’est pas évidente, et c’est l’acte de vente qui doit la donner.
Lorsque des désordres liés à la sécheresse apparaissent avant une vente et que l’arrêté de catastrophe naturelle est publié après, la jurisprudence de la Cour de cassation a donné des réponses différentes sur le bénéficiaire de l’indemnité. Depuis un arrêt de 2014, l’acquéreur peut, sauf clause contraire, agir contre l’assureur du vendeur, mais d’autres décisions ont retenu le vendeur. La seule protection fiable est une clause claire dans le compromis et l’acte, appuyée sur un constat daté de l’état de la maison.
Article rédigé par Laurent Hojan, fondateur de Check my House. Un conseiller vous répond au 0 805 69 09 69 (appel gratuit), du lundi au vendredi de 9h à 19h.
Un décalage de calendrier qui crée la difficulté
Les désordres d’une sécheresse apparaissent pendant l’été ou à la réhydratation des sols, mais l’arrêté de catastrophe naturelle n’est publié que des mois plus tard, souvent l’année suivante.
L’été 2026 a été le plus chaud jamais mesuré en France selon Météo-France, avec une sécheresse des sols sans précédent. Les demandes de reconnaissance communales vont s’étaler, et les arrêtés seront publiés commune par commune. Entre-temps, des milliers de maisons fissurées changeront de propriétaire.
Or la garantie catastrophe naturelle ne joue qu’après la publication de l’arrêté au Journal officiel, avec un délai de 30 jours pour déclarer le sinistre et une franchise légale de 1 520 euros pour la sécheresse. Si la maison a été vendue entre-temps, qui déclare, et qui reçoit l’indemnité ?
Ce que prévoit le Code des assurances
L’article L121-10 du Code des assurances prévoit qu’en cas de vente de la chose assurée, l’assurance continue de plein droit au profit de l’acquéreur, sauf résiliation. Mais ce texte ne règle pas directement le sort d’un sinistre survenu avant la vente.
Pour un dommage antérieur à la vente, la question est de savoir si le droit à indemnité est attaché à la personne qui était propriétaire au moment du sinistre, ou s’il suit la maison. C’est sur ce point que la jurisprudence a hésité, avec des solutions différentes selon les chambres de la Cour de cassation et selon le type de garantie en cause.

Des décisions qui ont varié
Plusieurs arrêts ont retenu que seul le propriétaire au moment du sinistre pouvait être indemnisé, tandis qu’un arrêt de 2014 a admis l’action de l’acquéreur contre l’assureur du vendeur.
Les décisions favorables au vendeur
La première chambre civile a jugé le 18 juillet 2000, pour une catastrophe naturelle, que l’acquéreur ne pouvait prétendre à la garantie pour un dommage antérieur à la vente, même si l’arrêté était postérieur. La deuxième chambre civile a retenu une solution comparable le 7 avril 2011.
La décision favorable à l’acquéreur
La troisième chambre civile a jugé le 7 mai 2014 (n° 13-16.400), dans une affaire de sécheresse où les fissures étaient antérieures à la vente et l’arrêté postérieur, que l’acquéreur avait qualité pour réclamer les indemnités à l’assureur des vendeurs, sauf clause contraire.
La réserve commune
Les décisions favorables à l’acquéreur réservent toujours l’hypothèse d’une clause contraire. C’est donc l’acte de vente qui, en pratique, tranche la question.
Cette présentation simplifiée ne remplace pas l’avis d’un notaire ou d’un avocat, indispensable pour votre situation précise.
Le vendeur doit signaler les sinistres indemnisés
Le Code de l’environnement oblige le vendeur à informer l’acquéreur, par écrit, des sinistres ayant donné lieu à une indemnisation au titre d’une catastrophe naturelle pendant qu’il était propriétaire ou dont il a eu connaissance.
Cette information figure dans l’état des risques et pollutions annexé à la promesse. Mais un sinistre de l’été 2026 n’a, par définition, pas encore été indemnisé. L’obligation légale ne couvre donc pas cette situation, et la loyauté contractuelle impose au vendeur de signaler les désordres qu’il connaît.
Pour l’acheteur, la règle est simple : posez la question par écrit, faites constater l’état de la maison, et faites inscrire les désordres connus dans l’acte. Un vendeur qui dissimule un désordre grave qu’il connaissait ne peut pas se retrancher derrière la clause d’exclusion de garantie des vices cachés.

Ce que doit prévoir l’acte de vente
Une clause claire évite un litige quasi certain. Elle doit être rédigée par le notaire à partir d’éléments factuels.
- la description des désordres connus à la date de la vente, idéalement par référence à un rapport d’expertise daté et annexé ;
- l’existence ou non d’une déclaration de sinistre déjà adressée à l’assureur du vendeur ;
- la partie qui pourra déclarer le sinistre et percevoir l’indemnité si un arrêté est publié ultérieurement ;
- l’engagement du vendeur de transmettre les pièces utiles et de coopérer à la déclaration ;
- le cas échéant, l’impact sur le prix : réduction immédiate ou complément de prix si l’indemnité est versée au vendeur.
Le choix dépend de la négociation. Une réduction de prix immédiate, fondée sur le chiffrage des travaux, est souvent plus simple pour les deux parties qu’une indemnité hypothétique dans un an.
Pourquoi un constat daté est indispensable
Quelle que soit la solution retenue, il faudra prouver que les désordres existaient à une date donnée et qu’ils sont liés à la sécheresse.
Le rapport d’expertise pré-achat, certifié et remis sous 96 heures, décrit, mesure et photographie chaque fissure. Annexé à l’acte, il fixe l’état de la maison au jour de la vente. Il sera précieux pour l’expert de l’assureur si un arrêté est publié, et il évite les discussions sur l’apparition des désordres avant ou après la signature.
Attention aussi aux travaux : réparer les fissures avant tout constat contradictoire peut faire perdre la preuve du lien avec la sécheresse. Si une déclaration est envisageable, conservez les désordres en l’état ou documentez-les très précisément avant d’intervenir.

Le bon ordre des étapes pour l’acheteur
Quelques réflexes suffisent à sécuriser la transaction.
Avant l’offre
Faites expertiser la maison et demandez au vendeur l’historique écrit des désordres et des sinistres.
Avant le compromis
Discutez avec le vendeur et le notaire de la répartition de l’éventuelle indemnité ou d’une réduction de prix.
À la signature
Faites annexer le rapport d’expertise et rédiger la clause relative au sinistre.
Après l’achat
Surveillez la publication des arrêtés pour votre commune sur Géorisques et déclarez dans les 30 jours si la clause vous en donne la charge.
Lisez aussi nos articles sur l’achat d’une maison après l’été 2026 et sur les arrêtés de catastrophe naturelle.
Un calendrier en plusieurs temps
Entre l’apparition des fissures et l’indemnisation, plusieurs étapes se succèdent, souvent sur une longue durée.
- été et automne 2026 : constat des désordres par le propriétaire, photos datées, information de l’assureur ;
- demande de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle déposée par la commune, sur sollicitation des habitants ;
- examen par la commission interministérielle, puis publication éventuelle d’un arrêté au Journal officiel, en général l’année suivant l’épisode ;
- déclaration du sinistre à l’assureur au plus tard trente jours après la publication de l’arrêté ;
- expertise d’assurance, puis proposition d’indemnisation, déduction faite de la franchise légale de 1 520 euros pour la sécheresse.
Pour mémoire, l’arrêté du 12 juin 2026, publié au Journal officiel du 13 juin, a reconnu l’état de catastrophe naturelle pour la sécheresse 2025 dans 183 communes de 42 départements. La sécheresse de 2026 n’est pas encore reconnue à ce stade.

Préparer son dossier dès maintenant
Même sans arrêté publié, le propriétaire a intérêt à préparer son dossier.
Photographiez les fissures avec un repère de mesure et une date, à intervalles réguliers, pour montrer leur évolution. Notez la date d’apparition. Conservez les échanges avec la mairie et l’assureur. Ne réalisez pas de travaux de reprise avant le passage de l’expert d’assurance, en dehors des mesures conservatoires indispensables : un rebouchage peut effacer les preuves et compliquer l’indemnisation.
Un rapport d’expertise bâtiment indépendant, établi avant l’expertise d’assurance, peut aider à documenter la nature des désordres et à vérifier que leur description est complète. Lisez notre article sur les arrêtés de catastrophe naturelle.
Ce que cela change pour un acheteur
Acheter une maison fissurée pendant cette période d’attente impose de clarifier plusieurs points avant de signer.
Le vendeur a-t-il déclaré les désordres à son assureur ? La commune a-t-elle déposé une demande de reconnaissance ? Si l’arrêté est publié après la vente, qui bénéficiera de l’indemnité ? La jurisprudence sur ce dernier point n’est pas uniforme : certaines décisions retiennent le propriétaire au jour du sinistre, d’autres l’acquéreur, sauf clause contraire. Une clause claire dans le compromis est donc indispensable.
L’acheteur doit aussi évaluer l’état réel de la maison, indépendamment de l’indemnisation espérée : la franchise, les délais et l’issue incertaine de la procédure ne doivent pas conduire à sous-estimer le coût des travaux. Lisez notre article sur la maison sinistrée par la sécheresse.

En appartement : la démarche passe par le syndic
Pour un immeuble fissuré, c’est le syndicat des copropriétaires qui déclare le sinistre pour les parties communes.
Le syndic déclare les dommages à l’assureur de l’immeuble dans les trente jours suivant la publication de l’arrêté. Chaque copropriétaire déclare de son côté les dommages affectant ses parties privatives à son propre assureur. L’acheteur d’un appartement dans un immeuble concerné doit se renseigner auprès du syndic sur l’état de la démarche.
Faire expertiser le bien avant de signer
L’auteur
Laurent Hojan, expert construction et bâtiment depuis huit ans, fondateur de Check my House, 1er réseau national d’expertise immobilière : plus de 65 experts en bâtiment certifiés et diplômés, formés notamment par l’OFIB. Les préconisations d’expertise Check my House sont couvertes par une assurance décennale.
Le tarif
Expertise avant achat ou vente, maison ou appartement : 650 € TTC jusqu’à 50 m², puis 3 € par m² supplémentaire. Déplacement 60 € jusqu’à 100 km, frais de gestion 50 €. Rapport certifié compris, remis sous 96h. Détail sur nos tarifs et méthode dans notre guide de l’expertise pré-achat.
Questions fréquentes
Si la maison est vendue avant l’arrêté, qui est indemnisé ?
La jurisprudence a varié. Depuis 2014, l’acquéreur peut, sauf clause contraire, agir contre l’assureur du vendeur, mais d’autres décisions ont retenu le vendeur. Une clause claire de l’acte est indispensable.
Le vendeur doit-il signaler les fissures ?
Il doit loyalement informer l’acquéreur des désordres qu’il connaît, et signaler par écrit les sinistres déjà indemnisés au titre d’une catastrophe naturelle.
Quel est le délai pour déclarer après un arrêté ?
30 jours à compter de la publication de l’arrêté au Journal officiel.
Quelle franchise s’applique ?
La franchise légale pour les dommages liés à la sécheresse est de 1 520 euros pour une habitation.
La sécheresse 2026 est-elle déjà reconnue ?
Pas à la mi-octobre 2026. Les arrêtés sont attendus commune par commune, en général l’année suivante.
Faut-il réparer les fissures avant de vendre ?
Pas sans précaution : réparer avant un constat peut faire perdre la preuve du lien avec la sécheresse. Mieux vaut documenter précisément l’état de la maison.
Une réduction de prix est-elle préférable ?
Elle est souvent plus simple pour les deux parties qu’une indemnité incertaine. C’est une question de négociation.
Le rapport d’expertise peut-il être annexé à l’acte ?
Oui, et c’est recommandé : il fixe l’état de la maison au jour de la vente.
Mon propre assureur couvrira-t-il les désordres antérieurs ?
Un dommage antérieur à votre acquisition pose question. La répartition doit être réglée par l’acte de vente.
Où suivre la publication des arrêtés ?
Sur Géorisques et au Journal officiel. Votre mairie peut aussi vous renseigner sur l’état de sa demande.
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Un doute sur un bien ?
Faites-le examiner par un expert en bâtiment indépendant avant de signer.
Sources et références
- Cour de cassation, 3e chambre civile, 7 mai 2014, n° 13-16.400
- Cour de cassation, 1re chambre civile, 18 juillet 2000, n° 98-12.272
- Cour de cassation, 2e chambre civile, 7 avril 2011, n° 10-17.426
- Code des assurances, articles L121-10, L125-1 et L125-2
- Code de l’environnement, article L125-5 (information de l’acquéreur)
- Météo-France, bilan climatique de l’été 2026




