Retrait-gonflement des argiles : vérifier l’exposition d’une maison avant de l’acheter
Près de la moitié du territoire métropolitain est exposée de façon moyenne ou forte au retrait-gonflement des argiles. Savoir où se situe la maison que vous visitez, et comment elle a été construite, change la lecture de l’annonce.
Avant d’acheter une maison, vérifiez trois choses : l’exposition du terrain au retrait-gonflement des argiles sur Géorisques, l’historique des arrêtés de catastrophe naturelle sécheresse de la commune, et l’état réel de la maison. Une exposition forte n’interdit pas d’acheter, mais elle impose un examen attentif des fondations, des fissures et de l’environnement immédiat par un expert en bâtiment.
Article rédigé par Laurent Hojan, fondateur de Check my House. Un conseiller vous répond au 0 805 69 09 69 (appel gratuit), du lundi au vendredi de 9h à 19h.
Le retrait-gonflement des argiles en quelques mots
Certaines argiles changent de volume avec leur teneur en eau : elles se rétractent en séchant et gonflent en se réhydratant. Une maison sur fondations superficielles subit ces mouvements.
Le phénomène est lent et souvent invisible pendant des années. Il se révèle lors des sécheresses intenses, comme en 2003, 2022, 2025 ou durant l’été 2026, le plus chaud jamais mesuré en France selon Météo-France. Les dommages apparaissent sous forme de fissures, de déformations des ouvertures et de décollements entre parties de la maison.
Selon le ministère de la Transition écologique, le retrait-gonflement des argiles représente environ 20 % des arrêtés de catastrophe naturelle et 36 % des coûts d’indemnisation du régime. C’est l’un des risques naturels les plus coûteux pour les propriétaires de maisons individuelles, et l’un des moins visibles au moment d’un achat.
Consulter la carte d’exposition sur Géorisques
La carte d’exposition au retrait-gonflement des argiles, établie par le BRGM en 2019, classe chaque secteur en exposition faible, moyenne ou forte. Elle est consultable gratuitement sur Géorisques à partir de l’adresse.
Les zones d’exposition moyenne et forte couvrent 48 % du sol métropolitain et regroupent 10,4 millions de maisons individuelles, dont près de la moitié construites après 1976. Autrement dit, la situation est fréquente et ne concerne pas que les maisons anciennes.
La carte donne une probabilité à l’échelle du secteur, pas un diagnostic de la parcelle. Une maison en exposition forte peut être parfaitement fondée, et une maison en exposition moyenne peut avoir souffert. C’est la combinaison de la carte et de l’examen du bâti qui renseigne vraiment.

Lire l’historique de la commune
La base GASPAR de Géorisques recense, commune par commune, les arrêtés de catastrophe naturelle. Le nombre d’arrêtés sécheresse et leurs dates donnent une indication précieuse.
Une commune qui a obtenu plusieurs reconnaissances sécheresse au fil des décennies présente un historique de dommages. Le dernier arrêté national notable, du 12 juin 2026, a reconnu la sécheresse de 2025 dans 183 communes de 42 départements. Pour l’été 2026, les reconnaissances sont attendues commune par commune.
Notre article dédié explique comment lire les arrêtés de catastrophe naturelle d’une commune.
Pensez aussi à interroger la mairie : le service urbanisme connaît souvent les secteurs où les sinistres se concentrent, et certaines communes ont mis en place des recommandations constructives spécifiques. Ces informations de terrain complètent utilement les données nationales.
Vérifier ce que dit l’état des risques
L’état des risques et pollutions, annexé à la promesse de vente, indique notamment si le bien est situé dans une zone exposée et rappelle les sinistres indemnisés au titre d’une catastrophe naturelle dont le vendeur a connaissance.
C’est un document réglementaire, de moins de six mois, qui fait partie du dossier de diagnostic technique. Lisez-le attentivement : une mention de sinistre indemnisé doit déclencher des questions sur la nature des travaux réalisés, leurs factures et leur garantie.
Pour les terrains à bâtir, la loi Elan impose depuis le 1er octobre 2020 une étude géotechnique préalable dans les zones d’exposition moyenne ou forte. Pour une maison existante, ce n’est pas obligatoire : c’est l’expertise du bâti qui prend le relais.

Examiner la maison et son environnement
L’exposition ne dit rien de l’état de la maison. Seul un examen du bâti et de ses abords permet de savoir si elle a bougé et si elle est vulnérable.
- les fondations, lorsqu’elles sont visibles, et la présence d’un sous-sol ou d’un vide sanitaire ;
- les fissures de façade et intérieures, leur forme et leur évolution ;
- les extensions, garages et vérandas, souvent fondés différemment de la maison ;
- les arbres proches, dont les racines assèchent le sol en profondeur ;
- la gestion des eaux pluviales : un rejet au pied des murs crée des alternances d’humidité ;
- les trottoirs périphériques et les pentes du terrain.
L’expert en bâtiment relie ces indices et indique dans son rapport si la maison présente des signes de mouvement, s’ils semblent stabilisés et si une étude de sol est recommandée avant de s’engager.
Quelles maisons sont les plus vulnérables ?
À exposition égale, toutes les maisons ne réagissent pas de la même façon. Certaines configurations concentrent la majorité des sinistres.
Les maisons de plain-pied sur fondations superficielles
Les semelles filantes peu profondes, courantes dans les lotissements des années 1970 à 1990, se situent dans la tranche de sol la plus sensible aux variations d’humidité. Lisez notre article sur les maisons de cette période.
Les maisons sans sous-sol ni vide sanitaire
Un sous-sol enterre les fondations plus profondément, là où l’humidité varie moins. À l’inverse, une maison posée sur un dallage directement sur terre-plein est plus exposée.
Les maisons agrandies
Une extension, une véranda ou un garage accolés reposent souvent sur des fondations différentes. La jonction entre deux structures qui ne bougent pas de la même façon est le point de rupture classique.
Les maisons entourées de végétation
Un chêne, un saule ou un peuplier à quelques mètres peut prélever l’eau du sol jusque sous les fondations et amplifier le retrait en été.

Après l’achat : limiter la vulnérabilité
Une maison exposée peut être rendue moins vulnérable par des mesures simples et, dans certains cas, par des travaux aidés.
Éloigner les eaux pluviales des fondations, maintenir une humidité régulière autour de la maison, gérer la végétation proche, réaliser un trottoir périphérique étanche : ces mesures réduisent les variations de teneur en eau du sol et donc les mouvements.
Depuis l’automne 2025, une aide expérimentale à la prévention du retrait-gonflement des argiles a été ouverte dans onze départements pour certains propriétaires occupants de maisons en zone d’exposition forte, sous conditions de ressources. Elle peut financer un diagnostic de vulnérabilité et une partie des travaux. Renseignez-vous sur les conditions en vigueur dans votre département avant d’engager des travaux.
Enfin, conservez précieusement le rapport d’expertise réalisé avant l’achat : il établit l’état de la maison à une date donnée, ce qui sera utile si des désordres apparaissent après une prochaine sécheresse.
Retrait et gonflement : un cycle qui fatigue la structure
Les argiles se rétractent en séchant et gonflent en se réhydratant. C’est la répétition de ces cycles qui fatigue les fondations.
Pendant une sécheresse, le sol perd son eau et se tasse sous les fondations, de façon souvent inégale : plus sous les angles et les façades exposées au soleil, plus près des arbres. Lorsque les pluies reviennent, le sol regonfle, mais pas forcément de façon symétrique. Les fondations subissent des mouvements différentiels qui se traduisent par des fissures, parfois des déformations.
Une maison peut traverser plusieurs sécheresses sans désordre, puis fissurer lors d’un épisode plus intense. C’est ce qui explique l’apparition de désordres sur des maisons jusque-là saines après des étés exceptionnels comme celui de 2026, le plus chaud mesuré en France depuis 1900 selon Météo-France.

L’ampleur du phénomène en France
Le retrait-gonflement des argiles concerne une part considérable du parc de maisons individuelles.
Selon le service statistique du ministère de la Transition écologique, environ 10,4 millions de maisons individuelles sont situées en zone d’exposition moyenne ou forte, sur près de la moitié du territoire métropolitain. Près de la moitié de ces maisons ont été construites après 1976. Le phénomène représente une part importante des arrêtés et des coûts d’indemnisation au titre des catastrophes naturelles.
Pour un acheteur, cela signifie que la question se pose dans une très grande partie des communes, et pas seulement dans quelques régions.
La démarche de vérification en quatre étapes
Vérifier l’exposition d’une maison avant l’achat suit une démarche simple.
- consulter l’état des risques et la carte d’exposition sur Géorisques ;
- consulter la liste des arrêtés de catastrophe naturelle sécheresse de la commune ;
- interroger le vendeur sur les fissures, les déclarations de sinistre et les travaux réalisés ;
- faire examiner la maison par un expert en bâtiment, qui recherchera les signes de mouvement et recommandera, si nécessaire, une étude géotechnique.
Lisez nos articles sur l’état des risques et les arrêtés de catastrophe naturelle.

Et pour un appartement ?
Les immeubles collectifs sont en général moins sensibles, mais pas totalement épargnés.
Fondés plus profondément, les immeubles résistent mieux aux mouvements des argiles. Les bâtiments bas, les maisons divisées en appartements, les annexes, les parkings et les dallages extérieurs peuvent néanmoins être touchés. Pour un appartement dans une petite copropriété ou une maison divisée, les mêmes vérifications s’imposent, complétées par la lecture des procès-verbaux.
Faire expertiser le bien avant de signer
L’auteur
Laurent Hojan, expert construction et bâtiment depuis huit ans, fondateur de Check my House, 1er réseau national d’expertise immobilière : plus de 65 experts en bâtiment certifiés et diplômés, formés notamment par l’OFIB. Les préconisations d’expertise Check my House sont couvertes par une assurance décennale.
Le tarif
Expertise avant achat ou vente, maison ou appartement : 650 € TTC jusqu’à 50 m², puis 3 € par m² supplémentaire. Déplacement 60 € jusqu’à 100 km, frais de gestion 50 €. Rapport certifié compris, remis sous 96h. Détail sur nos tarifs et méthode dans notre guide de l’expertise pré-achat.
Questions fréquentes
Où consulter la carte des argiles ?
Sur Géorisques, le site public du ministère de la Transition écologique, en saisissant l’adresse exacte du bien.
Une exposition forte doit-elle me faire renoncer ?
Non. Elle impose un examen attentif de la maison. Beaucoup de maisons en zone forte n’ont jamais subi de désordre.
Les maisons récentes sont-elles protégées ?
Pas forcément. Près de la moitié des maisons exposées ont été construites après 1976, souvent sur fondations superficielles.
L’état des risques mentionne-t-il les argiles ?
Il indique notamment les risques du secteur et les sinistres indemnisés au titre d’une catastrophe naturelle dont le vendeur a connaissance.
L’étude géotechnique est-elle obligatoire pour une maison existante ?
Non. Elle est imposée par la loi Elan pour la vente de terrains à bâtir en zone moyenne ou forte, pas pour une maison déjà construite.
Comment savoir si la commune a connu des sécheresses ?
La base GASPAR de Géorisques liste les arrêtés de catastrophe naturelle de chaque commune, avec leurs dates.
Les arbres sont-ils un problème ?
Les grands arbres proches d’une maison assèchent le sol en profondeur et accentuent les mouvements. L’expert en tient compte.
Existe-t-il des aides à la prévention ?
Une aide expérimentale a été ouverte en 2025 dans onze départements pour certains propriétaires occupants en zone forte. Vérifiez les conditions en vigueur.
L’expertise pré-achat examine-t-elle les fondations ?
Elle examine les fondations visibles et tous les signes de mouvement du bâti. Elle n’est pas destructive et ne comprend pas de sondage.
Combien coûte l’expertise pour une maison de 100 m² ?
650 euros TTC jusqu’à 50 m², plus 50 m² à 3 euros, plus 60 euros de déplacement et 50 euros de frais de gestion, soit 910 euros. Rapport compris.
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Faites-le examiner par un expert en bâtiment indépendant avant de signer.
Sources et références
- SDES : nouveau zonage d’exposition au retrait-gonflement des argiles
- Géorisques : carte d’exposition et base GASPAR
- Loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 (Elan), article 68
- Météo-France, bilan climatique de l’été 2026




