Le délai de deux ans de l’action en vice caché : quand commence-t-il ?
Deux ans pour agir : la règle paraît simple. Mais à partir de quand ? Du jour de la vente, de la première trace d’humidité, du rapport d’expert ? Le point de départ du délai décide souvent de l’issue d’un litige.
L’action en garantie des vices cachés doit être engagée dans les deux ans à compter de la découverte du vice (article 1648 du Code civil), et au plus tard vingt ans après la vente selon la chambre mixte de la Cour de cassation (21 juillet 2023). La découverte s’entend de la connaissance du vice dans son ampleur et sa cause, qui peut correspondre au rapport d’un expert. Dès qu’un désordre apparaît, faites-le constater et consultez sans attendre.
Article rédigé par Laurent Hojan, fondateur de Check my House. Un conseiller vous répond au 0 805 69 09 69 (appel gratuit), du lundi au vendredi de 9h à 19h.
Ce que dit l’article 1648 du Code civil
L’action résultant des vices rédhibitoires doit être intentée par l’acquéreur dans un délai de deux ans à compter de la découverte du vice.
Le délai ne court donc pas à compter de la vente, mais à compter du jour où l’acheteur découvre le vice. C’est une protection importante : un défaut qui se révèle cinq ans après l’achat peut encore donner lieu à une action, à condition d’agir dans les deux ans de sa découverte.
Ce délai a été instauré par une ordonnance de 2005, qui a remplacé l’ancienne formule du « bref délai », source de nombreuses incertitudes. Il s’agit d’un délai de prescription, qui peut donc être interrompu ou suspendu dans certaines conditions.
Qu’appelle-t-on la « découverte » du vice ?
La jurisprudence retient en principe le jour où l’acheteur a eu connaissance du vice dans son ampleur et ses causes, et pas la simple apparition d’un symptôme.
Une tache d’humidité au plafond n’est pas forcément la découverte d’un vice : l’acheteur ne sait pas encore s’il s’agit d’un incident ponctuel ou d’un défaut structurel. Le point de départ peut alors être fixé au jour où un expert identifie la cause et l’étendue du désordre, par exemple au dépôt de son rapport.
Cette appréciation se fait au cas par cas, et les juges examinent ce que l’acheteur savait réellement, et quand. Ne comptez pas sur une interprétation favorable : agissez comme si le délai courait dès les premiers signes.

Un délai butoir de vingt ans à compter de la vente
Par un arrêt de chambre mixte du 21 juillet 2023, la Cour de cassation a jugé que l’action doit être exercée dans les deux ans de la découverte, sans pouvoir dépasser un délai butoir de vingt ans à compter de la vente.
Cette décision a mis fin à des divergences entre chambres sur l’encadrement du délai. En pratique, un vice découvert vingt-deux ans après l’achat ne peut plus donner lieu à une action en garantie des vices cachés, même s’il est découvert tardivement.
Pour un achat immobilier, le délai butoir est rarement le facteur limitant : c’est le délai de deux ans à compter de la découverte qui pose le plus de difficultés, car on le laisse souvent s’écouler en discussions avec le vendeur.
Comment interrompre le délai
Discuter avec le vendeur ne suspend pas le délai. Seuls certains actes l’interrompent ou le suspendent.
- une demande en justice, y compris en référé pour obtenir la désignation d’un expert judiciaire ;
- la reconnaissance par le vendeur de son obligation de garantie ;
- certaines procédures de médiation ou de conciliation, qui peuvent suspendre la prescription dans les conditions prévues par la loi ;
- une mesure d’instruction ordonnée avant tout procès, qui suspend la prescription jusqu’au dépôt du rapport selon les règles du Code civil.
La stratégie procédurale relève d’un avocat. Le réflexe à retenir est simple : ne laissez pas passer des mois en échanges informels.

Le bon calendrier après une découverte
Les premières semaines sont décisives pour préserver vos droits et vos preuves.
Semaine 1 : constater
Photographiez, datez, conservez les traces. Ne faites que les travaux conservatoires indispensables.
Semaines 2 à 4 : expertiser
Faites établir la nature, la cause et l’ancienneté probable du désordre par un expert en bâtiment.
Mois 1 à 2 : informer
Adressez au vendeur un courrier recommandé décrivant le défaut et proposant une expertise amiable contradictoire.
Sans réponse : agir
Consultez un avocat pour engager, si nécessaire, un référé expertise, qui produit ses effets sur la prescription.
Trois scénarios pour comprendre le point de départ
Le point de départ du délai dépend de ce que l’acheteur savait réellement, et à quel moment.
L’infiltration qui revient
Une tache apparaît au plafond après un orage, l’acheteur la repeint, elle revient l’hiver suivant. Un couvreur identifie alors une noue mal réalisée depuis des années. Le point de départ pourra être discuté entre la première tache et le diagnostic du couvreur : prudence, agissez vite dès les premiers signes.
La charpente découverte lors de travaux
En ouvrant un plafond pour isoler les combles, l’acheteur découvre des bois attaqués par des insectes. La découverte est datée par l’ouverture et le constat de l’entreprise, puis précisée par l’expert qui en mesure l’ampleur.
La fissure qui s’ouvre
Des fissures fines, mentionnées dans le rapport pré-achat, s’ouvrent fortement après une sécheresse. Ce qui était connu ne peut plus être qualifié de caché ; seule l’aggravation inattendue pourrait être discutée, ce qui relève d’une analyse juridique fine.

Le cas particulier de la copropriété
En appartement, un vice peut affecter les parties privatives ou les parties communes, ce qui change les interlocuteurs et parfois la stratégie.
Si le défaut touche une partie commune, comme une toiture-terrasse ou une colonne d’évacuation, le syndicat des copropriétaires est concerné au premier chef. Le vendeur peut néanmoins être tenu s’il connaissait le désordre et l’a tu, par exemple s’il avait connaissance de dégâts des eaux répétés évoqués en assemblée générale.
Dans tous les cas, le délai de deux ans court pour l’acheteur à compter de sa découverte. Informez rapidement le syndic, consultez les procès-verbaux d’assemblée générale pour dater l’apparition du problème, et faites constater l’état de votre logement.
Le rôle de l’expert dans la question du délai
L’expert établit les faits techniques qui conditionnent à la fois le fond et le délai.
Il détermine si le désordre est ancien, depuis quand il évolue, s’il était visible lors des visites et pourquoi il ne l’était pas : doublage récent, peinture fraîche, zone inaccessible. Ces éléments servent à démontrer l’antériorité et le caractère caché du vice, mais aussi à dater la découverte.
Un rapport d’expertise pré-achat réalisé avant la vente constitue en outre une référence précieuse : il décrit l’état visible du bien à une date donnée. Ce qui n’y figurait pas, alors que l’expert a examiné la zone, peut plus facilement être qualifié de caché.

Vice caché, décennale, dol : des délais différents
Selon la nature du défaut et la qualité du vendeur, d’autres fondements peuvent s’appliquer avec leurs propres délais.
La garantie décennale court dix ans à compter de la réception des travaux, quel que soit le propriétaire. L’action fondée sur le dol relève du délai de prescription de droit commun de cinq ans, à compter de la découverte. Ces fondements peuvent se cumuler ou se substituer à la garantie des vices cachés selon les cas.
Lisez notre article sur la définition et la preuve du vice caché et celui sur la clause d’exclusion.
Quand commence la découverte ?
Le délai de deux ans court à compter de la découverte du vice, c’est-à-dire du moment où l’acheteur en a eu connaissance dans sa réalité et son ampleur.
La jurisprudence considère souvent que la découverte n’est pas l’apparition des premiers symptômes, mais le moment où l’acheteur a eu connaissance de la cause et de la gravité du vice, fréquemment à la date du dépôt d’un rapport d’expertise. Une tache d’humidité ne révèle pas nécessairement une remontée capillaire généralisée ; c’est l’expertise qui la révèle.
Cette solution n’autorise pas pour autant à attendre. Un acheteur qui constate des désordres et laisse passer plusieurs années avant de faire expertiser s’expose à ce que le juge fixe la découverte plus tôt. Le réflexe est donc de faire expertiser rapidement, puis d’agir dans les deux ans.

Interrompre ou suspendre le délai
Certains actes interrompent ou suspendent le délai, mais pas les simples courriers.
Une lettre recommandée au vendeur, même circonstanciée, n’interrompt pas le délai de l’action en garantie des vices cachés. En revanche, une demande en justice, y compris en référé pour obtenir une expertise judiciaire, l’interrompt. Selon les cas, le délai peut aussi être suspendu pendant la durée de la mesure d’instruction ordonnée.
Les règles en la matière sont techniques et ont donné lieu à une jurisprudence abondante. Il est indispensable de consulter un avocat dès que la découverte est établie, pour sécuriser la procédure.
Enfin, l’action reste enfermée dans le délai butoir de vingt ans à compter de la vente, rappelé par la Cour de cassation en chambre mixte le 21 juillet 2023. Lisez notre article sur le vendeur de mauvaise foi.
Un calendrier type après la découverte
Organiser les premières semaines permet de ne pas laisser filer le délai.
- dans les jours qui suivent : photos datées, mesures conservatoires, déclaration éventuelle à l’assurance ;
- dans les premières semaines : expertise technique et rapport ;
- ensuite : mise en demeure du vendeur avec le rapport, proposition d’expertise amiable contradictoire ;
- sans accord dans un délai raisonnable : consultation d’un avocat et, si nécessaire, référé expertise, bien avant l’échéance des deux ans.
Faire expertiser le bien avant de signer
L’auteur
Laurent Hojan, expert construction et bâtiment depuis huit ans, fondateur de Check my House, 1er réseau national d’expertise immobilière : plus de 65 experts en bâtiment certifiés et diplômés, formés notamment par l’OFIB. Les préconisations d’expertise Check my House sont couvertes par une assurance décennale.
Le tarif
Expertise avant achat ou vente, maison ou appartement : 650 € TTC jusqu’à 50 m², puis 3 € par m² supplémentaire. Déplacement 60 € jusqu’à 100 km, frais de gestion 50 €. Rapport certifié compris, remis sous 96h. Détail sur nos tarifs et méthode dans notre guide de l’expertise pré-achat.
Questions fréquentes
Le délai de deux ans court-il à partir de la vente ?
Non, à partir de la découverte du vice (article 1648 du Code civil).
Qu’est-ce que la découverte du vice ?
En principe, la connaissance du vice dans son ampleur et ses causes, qui peut correspondre au rapport d’un expert.
Existe-t-il une limite absolue ?
Oui, un délai butoir de vingt ans à compter de la vente, confirmé par la chambre mixte de la Cour de cassation le 21 juillet 2023.
Négocier avec le vendeur suspend-il le délai ?
Non. Les échanges informels n’interrompent pas la prescription.
Un référé expertise interrompt-il le délai ?
Une demande en justice, y compris en référé, interrompt la prescription. Un avocat vous conseillera sur la procédure.
Faut-il attendre le rapport d’expert pour agir ?
Non, il faut faire établir les faits rapidement, mais sans laisser le délai s’écouler en attendant.
Que faire en premier après une découverte ?
Constater et photographier sans modifier, puis faire expertiser le désordre.
La garantie décennale a-t-elle le même délai ?
Non, elle court dix ans à compter de la réception des travaux.
Le dol a-t-il un délai différent ?
Oui, il relève de la prescription de droit commun de cinq ans à compter de la découverte.
L’expertise pré-achat aide-t-elle en cas de litige ?
Oui, elle fixe l’état visible du bien à une date donnée, ce qui aide à établir ce qui était caché.
Dans la même thématique : Vices cachés
Un doute sur un bien ?
Faites-le examiner par un expert en bâtiment indépendant avant de signer.
Sources et références
- Code civil, article 1648 (Légifrance)
- Cour de cassation, chambre mixte, 21 juillet 2023, n° 20-10.763
- Code civil, articles 2224, 2232, 2239 et 2241 (prescription)




