Acheter à un marchand de biens : une garantie des vices cachés renforcée
Appartements rénovés, maisons divisées, plateaux transformés en lots : les marchands de biens vendent des logements souvent séduisants, refaits à neuf en quelques mois. Acheter à un professionnel de l’immobilier change profondément la garantie des vices cachés, mais ne dispense pas d’une vraie vérification technique.
Le marchand de biens est un vendeur professionnel. La jurisprudence le présume connaître les vices du bien qu’il vend : il ne peut donc pas opposer à un acheteur non professionnel la clause d’exclusion de garantie des vices cachés et il doit, en cas de vice, réparer l’intégralité du préjudice. S’il a réalisé des travaux relevant de la construction, il peut aussi être tenu comme constructeur à la garantie décennale. Ces protections renforcées n’empêchent pas les litiges : une expertise avant achat reste le meilleur moyen de les éviter.
Article rédigé par Laurent Hojan, fondateur de Check my House. Un conseiller vous répond au 0 805 69 09 69 (appel gratuit), du lundi au vendredi de 9h à 19h.
Qui est considéré comme vendeur professionnel ?
Le marchand de biens achète des immeubles pour les revendre, souvent après travaux ou division. Son activité habituelle en fait un professionnel de l’immobilier.
Le statut de professionnel ne dépend pas seulement de l’immatriculation d’une société. Les tribunaux retiennent aussi la qualité de professionnel pour un promoteur, un constructeur, un agent immobilier vendant pour son compte, une société civile dont l’objet et l’activité réelle consistent à acheter et revendre, ou un particulier qui multiplie les opérations d’achat, rénovation et revente.
L’acte de vente et les documents de la société, notamment l’extrait Kbis, l’objet social et le nombre d’opérations, permettent de qualifier le vendeur. En cas de doute, c’est un point à faire vérifier par le notaire ou un avocat, car il change complètement le régime de la garantie.
La présomption de connaissance des vices
La jurisprudence constante considère que le vendeur professionnel est présumé connaître les vices de la chose qu’il vend.
Pour un vendeur particulier, l’acheteur doit prouver que le vendeur connaissait le vice pour écarter la clause d’exclusion de garantie, ce qui est souvent difficile. Face à un marchand de biens, cette preuve n’est pas nécessaire : le professionnel est réputé connaître les défauts du bien, en raison de ses compétences et de l’intervention qu’il a eue sur l’immeuble.
Cette présomption est particulièrement forte lorsque le marchand a lui-même réalisé des travaux : il a vu les murs, les planchers, les réseaux avant de les recouvrir. Il ne peut pas soutenir ignorer ce que ses équipes ont masqué.

Ce que cela change pour l’acheteur
Trois effets majeurs découlent de la qualité de vendeur professionnel.
La clause d’exclusion est inopposable
La clause de non-garantie, presque systématique dans les ventes entre particuliers, ne protège pas le marchand de biens face à un acheteur non professionnel.
L’indemnisation est intégrale
L’article 1645 du Code civil prévoit que le vendeur qui connaissait les vices doit, outre la restitution de tout ou partie du prix, tous les dommages-intérêts envers l’acheteur. Le préjudice de jouissance, les frais de relogement et les frais annexes peuvent être réclamés.
Le délai reste de deux ans
L’action en garantie des vices cachés doit toujours être engagée dans les deux ans de la découverte du vice. La qualité du vendeur ne prolonge pas ce délai.
Le marchand de biens peut aussi être constructeur
Lorsque le marchand de biens a fait réaliser des travaux importants, il peut être assimilé à un constructeur et devoir la garantie décennale.
L’article 1792-1 du Code civil répute constructeur toute personne qui vend, après achèvement, un ouvrage qu’elle a construit ou fait construire. Les tribunaux appliquent ce principe aux marchands de biens qui ont fait réaliser des travaux de rénovation lourde, assimilables à des travaux de construction : reprise de structure, création de planchers, redistribution complète, réfection de toiture ou d’étanchéité.
Dans ce cas, l’acheteur bénéficie pendant dix ans à compter de la réception des travaux d’une garantie couvrant les dommages qui compromettent la solidité ou rendent le logement impropre à sa destination. Il faut alors réclamer l’attestation d’assurance décennale du marchand et des entreprises intervenues, ainsi que l’éventuelle assurance dommages-ouvrage.

Les défauts typiques des rénovations rapides
Le modèle économique du marchand de biens repose sur la rapidité. Les défauts constatés après achat sont souvent liés à des travaux faits vite, ou à des problèmes masqués plutôt que traités.
- doublages neufs posés sur des murs humides sans traitement de la cause ;
- cloisons supprimées sans vérification du caractère porteur ;
- planchers bois anciens recouverts sans contrôle des solives ;
- électricité refaite partiellement, raccordée sur un tableau ancien ;
- salles d’eau créées sans ventilation suffisante ni étanchéité sous carrelage ;
- évacuations raccordées avec des pentes insuffisantes ;
- divisions de lots sans respect des surfaces minimales ou des règles de sécurité incendie ;
- fissures rebouchées et repeintes sans recherche de leur origine.
Ces défauts ne sont pas propres aux marchands de biens, mais le cumul d’une rénovation récente, de finitions impeccables et de délais courts rend leur détection plus difficile pour un acheteur non averti.
Les documents à exiger avant de signer
La garantie juridique est forte, mais un dossier documentaire complet évite d’avoir à l’actionner.
- le descriptif détaillé des travaux réalisés et les factures des entreprises ;
- les attestations d’assurance décennale du marchand et de chaque entreprise, à la date des travaux ;
- l’attestation d’assurance dommages-ouvrage si les travaux le justifiaient ;
- le procès-verbal de réception des travaux ;
- les autorisations d’urbanisme : déclaration préalable ou permis de construire, et la déclaration d’achèvement ;
- en copropriété, l’autorisation de l’assemblée générale pour les travaux touchant les parties communes ou l’aspect extérieur, et le modificatif de l’état descriptif de division en cas de division ;
- le rapport de l’étude de structure en cas d’ouverture de mur porteur ou de reprise de plancher ;
- les diagnostics réalisés après travaux, notamment électricité et DPE.

Lots issus d’une division : des points spécifiques
Beaucoup de marchands de biens divisent un logement ou un immeuble en plusieurs lots. Cette opération pose des questions techniques et juridiques propres.
Sur le plan technique, l’expert vérifie l’isolation acoustique entre les nouveaux lots, l’indépendance des réseaux d’eau, d’électricité et de chauffage, la ventilation de chaque logement, l’éclairement naturel des pièces principales et les conditions d’évacuation.
Sur le plan juridique, la division doit respecter les règles d’urbanisme locales, le règlement de copropriété et, dans certaines communes, un régime d’autorisation préalable. Les logements doivent répondre aux critères de décence, notamment une surface habitable suffisante. Un lot qui ne respecte pas ces règles peut être difficile à louer ou à revendre. Ces vérifications relèvent du notaire, mais l’expert signale les éléments techniques qui l’alertent.
En cas de vice découvert après l’achat
La démarche est la même qu’avec un particulier, mais avec des chances de succès plus élevées.
Établir le vice
Une expertise technique décrit le désordre, sa cause, son ancienneté et le coût des réparations.
Mettre en demeure
Courrier recommandé au marchand de biens, avec le rapport et une demande de réparation ou d’indemnisation.
Mobiliser les assurances
Si les travaux relèvent de la décennale, déclaration auprès de l’assureur dommages-ouvrage s’il existe, ou de l’assureur décennal du marchand et des entreprises.
Agir en justice si nécessaire
Dans les deux ans de la découverte pour les vices cachés, dans les dix ans de la réception pour la décennale. La société venderesse doit encore exister et être solvable : c’est là que les assurances sont décisives.

Le risque de la société qui disparaît
Un marchand de biens opère souvent par une société créée pour une opération. Si elle est liquidée, la garantie juridique perd de sa valeur.
La garantie des vices cachés s’exerce contre le vendeur. Si la société venderesse a été dissoute ou est insolvable, l’acheteur peut se retrouver sans débiteur. La garantie décennale, en revanche, est assurée : l’assureur reste tenu même si la société disparaît, à condition qu’une assurance ait été souscrite et soit en vigueur à la date d’ouverture du chantier.
C’est pourquoi l’attestation d’assurance décennale à la date des travaux n’est pas un document secondaire. Son absence est un signal d’alerte sérieux, qui doit faire réfléchir avant de signer.
Pourquoi faire expertiser un bien rénové
Un logement refait à neuf se visite mal : les finitions récentes cachent précisément ce qu’il faudrait voir.
L’expert ne démonte pas, mais il sait où regarder : humidité mesurée derrière les doublages neufs, planéité et vibration des planchers, cohérence entre les cloisons supprimées et la structure de l’immeuble, tableau électrique et liaisons équipotentielles, ventilation des pièces humides, évacuations, état des parties communes et de la toiture lorsqu’elles sont accessibles. Il compare l’état visible avec le descriptif des travaux et signale les incohérences.
Le rapport permet de poser les bonnes questions au marchand de biens avant de signer, de réclamer les justificatifs manquants et, le cas échéant, d’obtenir des corrections ou un ajustement de prix. Lisez notre article sur l’appartement rénové et les murs porteurs.

Maison rénovée par un professionnel
Pour une maison, les points de vigilance s’élargissent à la structure, à la toiture, aux extérieurs et au sol.
Une maison achetée puis revendue rapidement par un professionnel après des travaux de façade et d’intérieur peut masquer des fissures structurelles, un problème de fondations ou d’humidité. Après l’été 2026, le plus chaud mesuré en France depuis 1900 selon Météo-France, avec une sécheresse des sols sans précédent, la question des fissures liées au retrait-gonflement des argiles mérite une attention particulière sur les communes exposées.
L’expert contrôle les façades et leurs reprises, les fissures intérieures récemment rebouchées, la charpente et les combles, l’assainissement et les abords. Lisez notre article sur l’exposition aux argiles.
Les bons réflexes face à un marchand de biens
Une protection juridique forte ne remplace pas la prudence technique.
- vérifier la qualité de professionnel du vendeur dans l’acte et les documents de la société ;
- réclamer factures, attestations décennales et autorisations d’urbanisme ;
- faire expertiser le bien avant de signer le compromis ou pendant le délai de rétractation ;
- ne pas accepter une clause d’exclusion de garantie en pensant qu’elle est sans importance : elle est inopposable, mais sa présence doit être discutée avec le notaire ;
- conserver tous les échanges, annonces et descriptifs, qui constituent des engagements du vendeur.
Retrouvez nos articles sur la clause d’exclusion de garantie et sur le délai de deux ans.

Faire expertiser le bien avant de signer
L’auteur
Laurent Hojan, expert construction et bâtiment depuis huit ans, fondateur de Check my House, 1er réseau national d’expertise immobilière : plus de 65 experts en bâtiment certifiés et diplômés, formés notamment par l’OFIB. Les préconisations d’expertise Check my House sont couvertes par une assurance décennale.
Le tarif
Expertise avant achat ou vente, maison ou appartement : 650 € TTC jusqu’à 50 m², puis 3 € par m² supplémentaire. Déplacement 60 € jusqu’à 100 km, frais de gestion 50 €. Rapport certifié compris, remis sous 96h. Détail sur nos tarifs et méthode dans notre guide de l’expertise pré-achat.
Questions fréquentes
Un marchand de biens peut-il exclure la garantie des vices cachés ?
Non face à un acheteur non professionnel : il est présumé connaître les vices, la clause d’exclusion lui est inopposable.
Le marchand de biens doit-il la garantie décennale ?
Oui s’il a fait réaliser des travaux assimilables à une construction et vend après achèvement, en tant que constructeur au sens de l’article 1792-1 du Code civil.
Que réclamer avant de signer ?
Le descriptif et les factures des travaux, les attestations décennales, la dommages-ouvrage éventuelle, les autorisations d’urbanisme et la réception des travaux.
Que faire si la société venderesse a disparu ?
Se tourner vers les assureurs décennaux et dommages-ouvrage. La garantie des vices cachés devient difficile à exercer.
Un particulier qui revend souvent est-il professionnel ?
Il peut être requalifié en professionnel si son activité d’achat et de revente est habituelle.
Le délai pour agir est-il plus long ?
Non, deux ans à compter de la découverte pour les vices cachés, dix ans à compter de la réception pour la décennale.
Peut-on obtenir des dommages-intérêts ?
Oui, le vendeur réputé connaître le vice doit réparer l’intégralité du préjudice, en plus de la restitution du prix.
Un logement rénové a-t-il besoin d’une expertise ?
Oui, les finitions neuves masquent l’état réel des murs, planchers et réseaux.
L’expert peut-il vérifier un mur porteur supprimé ?
Il repère les indices de modification et l’absence de renfort visible, et conseille une étude de structure si nécessaire.
Combien coûte l’expertise avant achat ?
650 euros TTC jusqu’à 50 m², puis 3 euros par m² supplémentaire, plus 60 euros de déplacement jusqu’à 100 km et 50 euros de frais de gestion.
Dans la même thématique : Vices cachés
Un doute sur un bien ?
Faites-le examiner par un expert en bâtiment indépendant avant de signer.
Sources et références
- Code civil, articles 1641 à 1649 (Légifrance)
- Code civil, articles 1792 et 1792-1 (constructeur)
- Météo-France, bilan climatique de l’été 2026




