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Clause d’exclusion de garantie des vices cachés : ce qu’elle couvre vraiment

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Clause d’exclusion de garantie des vices cachés : ce qu’elle couvre vraiment

Presque tous les compromis entre particuliers contiennent une clause qui exclut la garantie des vices cachés. Beaucoup d’acheteurs la signent sans la lire, et beaucoup de vendeurs la croient absolue. Elle n’est ni l’un ni l’autre.

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Acheteur lisant une clause d'un compromis de vente avec attention

L’essentiel

La clause d’exclusion de garantie des vices cachés est valable entre particuliers (article 1643 du Code civil) : elle prive l’acheteur de recours contre un vendeur de bonne foi qui ignorait le vice. Elle tombe si le vendeur connaissait le vice, et elle est inopposable lorsque le vendeur est un professionnel de l’immobilier ou de la construction. Pour l’acheteur, la meilleure parade reste de découvrir les défauts avant la signature.

Article rédigé par Laurent Hojan, fondateur de Check my House. Un conseiller vous répond au 0 805 69 09 69 (appel gratuit), du lundi au vendredi de 9h à 19h.

Le texte

D’où vient cette clause ?

L’article 1643 du Code civil prévoit que le vendeur est tenu des vices cachés, quand même il ne les aurait pas connus, à moins que, dans ce cas, il n’ait stipulé qu’il ne sera obligé à aucune garantie.

La loi permet donc d’écarter la garantie, mais seulement pour les vices que le vendeur ne connaissait pas. C’est ce que fait la clause classique selon laquelle l’acquéreur prend le bien dans l’état où il se trouve, sans recours contre le vendeur pour quelque cause que ce soit, notamment pour vices cachés.

Cette clause est devenue un standard des ventes entre particuliers. Elle reflète une réalité : un vendeur non professionnel ne connaît pas forcément tous les défauts de sa maison, et il est légitime qu’il ne réponde pas de ce qu’il ignorait.

Sa portée

Ce que la clause couvre

Face à un vendeur particulier de bonne foi, la clause est efficace : l’acheteur qui découvre un vice après la vente ne peut pas, en principe, se retourner contre lui.

C’est la situation la plus fréquente, et la plus difficile pour l’acheteur. Un défaut réellement ignoré du vendeur, par exemple une charpente attaquée dans une zone inaccessible ou une canalisation enterrée fissurée, reste à la charge de l’acheteur malgré sa gravité.

Ce constat suffit à justifier une expertise avant l’achat : sous une clause d’exclusion, ce qui n’est pas découvert avant la signature risque de ne jamais être indemnisé.

Signature d'un compromis de vente immobilière
Ses limites

Quand la clause tombe : le vendeur connaissait le vice

La clause ne protège pas le vendeur qui connaissait le vice et ne l’a pas révélé. C’est la limite posée par l’article 1643 lui-même.

Tout l’enjeu devient alors la preuve de cette connaissance. Des factures de réparation, un sinistre déclaré, des travaux de dissimulation comme un doublage posé sur un mur humide ou des fissures rebouchées juste avant la vente, des témoignages de voisins ou d’artisans : ces indices permettent de démontrer que le vendeur savait.

Lisez notre article dédié aux moyens de prouver que le vendeur connaissait le vice.

Le professionnel

Le vendeur professionnel ne peut pas s’en prévaloir

La jurisprudence considère que le vendeur professionnel est présumé connaître les vices de la chose qu’il vend. La clause d’exclusion lui est donc inopposable.

Sont concernés les marchands de biens, promoteurs, constructeurs, entreprises du bâtiment qui revendent un bien, et plus largement les vendeurs dont l’activité porte sur l’immobilier. La jurisprudence a parfois assimilé à un professionnel un particulier qui avait lui-même réalisé d’importants travaux, au motif qu’il avait agi comme un constructeur.

Pour l’acheteur, savoir qui est réellement le vendeur est donc essentiel. Lisez notre article sur l’achat auprès d’un marchand de biens.

Le vendeur professionnel ne peut pas s'en prévaloir
Exemples

Trois situations concrètes

La même clause produit des effets très différents selon ce que le vendeur savait et selon sa qualité.

Le vendeur ignorait le défaut

Une canalisation enterrée fissurée provoque des infiltrations en sous-sol deux ans après la vente. Rien ne montre que le vendeur, particulier, en avait connaissance. La clause s’applique : l’acheteur supporte la réparation.

Le vendeur savait et a masqué

Un doublage neuf a été posé sur un mur humide quelques semaines avant les visites, et une facture d’entreprise mentionne le traitement d’une infiltration l’année précédente. La connaissance du vice est établie : la clause tombe.

Le vendeur est un professionnel

Un marchand de biens revend un appartement rénové dont la salle de bains, refaite sans étanchéité, provoque un dégât des eaux chez le voisin. Présumé connaître le vice, il ne peut pas invoquer la clause.

Les délais

Clause ou pas, attention aux délais

Lorsque la clause ne s’applique pas, l’acheteur doit encore agir dans les délais : deux ans à compter de la découverte du vice, dans la limite d’un délai butoir de vingt ans à compter de la vente.

Ce délai butoir a été confirmé par la chambre mixte de la Cour de cassation le 21 juillet 2023. En pratique, le délai de deux ans à compter de la découverte est le plus contraignant : il commence lorsque l’acheteur a connaissance du vice dans son ampleur, ce qui peut correspondre au rapport d’un expert.

Ne laissez pas traîner un désordre découvert après l’achat : faites-le constater, consultez un expert et un avocat. Lisez notre article sur le délai de deux ans.

Clause ou pas, attention aux délais
Ce qu’elle ne couvre pas

Les garanties que la clause n’écarte pas

La clause d’exclusion vise la garantie des vices cachés. Elle n’écarte pas d’autres fondements juridiques.

  • le dol, c’est-à-dire la dissimulation intentionnelle d’une information déterminante (article 1137 du Code civil) ;
  • l’obligation de délivrance conforme, lorsque le bien livré ne correspond pas à ce qui était promis ;
  • la garantie décennale des constructeurs, qui suit l’ouvrage et bénéficie aux acquéreurs successifs ;
  • la responsabilité du vendeur qui a lui-même construit ou fait construire dans les dix ans, assimilé à un constructeur ;
  • les obligations d’information spécifiques, comme celle relative aux sinistres indemnisés au titre d’une catastrophe naturelle.

Ces fondements ont leurs propres conditions et leurs propres délais. Seul un avocat peut apprécier lequel est adapté à une situation donnée.

Négocier

Peut-on modifier ou supprimer la clause ?

Oui, la clause est contractuelle et se négocie, même si les vendeurs y sont attachés.

Dans la pratique, il est rare d’obtenir sa suppression pure et simple. Il est plus réaliste d’obtenir que les défauts identifiés soient décrits dans l’acte, qu’un rapport d’expertise y soit annexé, ou qu’un vendeur qui a réalisé lui-même des travaux en précise la nature et la date.

L’objectif n’est pas de multiplier les clauses, mais de clarifier ce qui est connu. Un défaut décrit dans l’acte n’est plus un vice caché, mais il a été pris en compte dans le prix : c’est le meilleur équilibre pour les deux parties.

Peut-on modifier ou supprimer la clause ?
La parade

La meilleure protection : l’expertise avant la signature

Puisque la clause neutralise la garantie face à un vendeur de bonne foi, la protection de l’acheteur se joue avant la signature.

Une expertise pré-achat révèle les défauts visibles et les indices de défauts cachés : traces d’humidité anciennes, rebouchages, déformations, zones inaccessibles signalées. L’acheteur peut alors poser des questions, demander des investigations complémentaires ou ajuster son offre.

Le rapport certifié, remis sous 96 heures, sert aussi après l’achat : s’il établit qu’un défaut n’était pas visible lors de la visite, il peut contribuer à démontrer son caractère caché. Il fixe en tout cas l’état du bien à une date donnée.

Rédaction

Comment la clause est rédigée, et ce qu’elle ne couvre pas

La clause d’exclusion figure dans la plupart des actes entre particuliers, sous une forme proche d’un modèle notarial.

Elle stipule généralement que l’acquéreur prend le bien dans l’état où il se trouve, sans recours contre le vendeur pour quelque cause que ce soit, notamment en raison des vices apparents ou cachés. Elle ne s’applique pas lorsque le vendeur connaissait le vice, ni lorsqu’il est un professionnel de l’immobilier ou de la construction, ni lorsqu’il a réalisé lui-même les travaux à l’origine du vice et pouvait en connaître les défauts.

Elle ne couvre pas non plus les obligations d’information spécifiques prévues par la loi, comme les diagnostics obligatoires ou l’information sur les sinistres indemnisés au titre des catastrophes naturelles. Un vendeur qui a omis une information légale ne peut pas s’abriter derrière la clause.

Comment la clause est rédigée, et ce qu'elle ne couvre pas
Stratégie

Acheteur et vendeur : la bonne stratégie face à la clause

Pour l’acheteur comme pour le vendeur, la meilleure protection n’est pas la clause, mais l’information.

L’acheteur ne peut pas compter sur une action en vices cachés pour corriger après coup une mauvaise appréciation du bien : avec la clause, il devra prouver la connaissance du vendeur. Il a donc tout intérêt à faire examiner le bien par un expert avant de signer, à poser ses questions par écrit et à faire mentionner les défauts dans l’acte.

Le vendeur, de son côté, ne doit pas considérer la clause comme une protection absolue. S’il connaît un défaut, il doit le déclarer. Un défaut déclaré n’expose à aucun recours ; un défaut tu expose à la mise à l’écart de la clause et à des dommages-intérêts. L’expertise avant vente l’aide à faire cette déclaration en connaissance de cause.

Cas

Trois situations où la clause ne joue pas

Quelques exemples typiques illustrent les limites de la clause.

Le vendeur bricoleur

Le vendeur a lui-même créé une salle de bains à l’étage, sans étanchéité sous carrelage. Les infiltrations apparaissent après la vente. Ayant réalisé les travaux, il est réputé en connaître les défauts.

Le marchand de biens

Une société de marchand de biens vend un appartement rénové. Professionnelle, elle est présumée connaître les vices et ne peut opposer la clause à un acheteur particulier.

La fissure déclarée à l’assureur

Le vendeur avait déclaré un sinistre pour fissures à son assureur, sans en informer l’acheteur. Sa connaissance du vice est établie par ses propres démarches.

Check my House

Faire expertiser le bien avant de signer

L’auteur

Laurent Hojan, expert construction et bâtiment depuis huit ans, fondateur de Check my House, 1er réseau national d’expertise immobilière : plus de 65 experts en bâtiment certifiés et diplômés, formés notamment par l’OFIB. Les préconisations d’expertise Check my House sont couvertes par une assurance décennale.

Le tarif

Expertise avant achat ou vente, maison ou appartement : 650 € TTC jusqu’à 50 m², puis 3 € par m² supplémentaire. Déplacement 60 € jusqu’à 100 km, frais de gestion 50 €. Rapport certifié compris, remis sous 96h. Détail sur nos tarifs et méthode dans notre guide de l’expertise pré-achat.

FAQ

Questions fréquentes

La clause d’exclusion des vices cachés est-elle légale ?

Oui, l’article 1643 du Code civil la valide pour les vices que le vendeur ignorait.

Protège-t-elle un vendeur qui savait ?

Non. Si le vendeur connaissait le vice et l’a tu, la clause ne s’applique pas.

S’applique-t-elle à un marchand de biens ?

Non. Le vendeur professionnel est présumé connaître les vices, la clause lui est inopposable.

Un particulier qui a fait de gros travaux est-il un professionnel ?

La jurisprudence l’a parfois assimilé à un professionnel ou à un constructeur, selon la nature des travaux.

La clause empêche-t-elle d’agir pour dol ?

Non. Le dol, dissimulation intentionnelle d’une information déterminante, reste un fondement distinct.

La garantie décennale est-elle écartée ?

Non. Elle suit l’ouvrage et bénéficie aux acquéreurs successifs, indépendamment de cette clause.

Peut-on refuser la clause ?

Elle se négocie, mais sa suppression est rare. Il est plus réaliste de faire décrire les défauts connus dans l’acte.

Comment prouver que le vendeur savait ?

Factures, sinistres déclarés, travaux de dissimulation, témoignages : l’expertise technique aide à établir ces faits.

Un défaut dans le rapport d’expertise peut-il être un vice caché ?

Non, il devient un défaut connu. Il doit donc être pris en compte dans le prix ou l’acte.

L’expertise pré-achat est-elle utile avec une telle clause ?

C’est précisément dans ce cas qu’elle est la plus utile, car ce qui n’est pas découvert avant risque de rester à votre charge.

Un doute sur un bien ?

Faites-le examiner par un expert en bâtiment indépendant avant de signer.

Sources et références


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